Le Port de Montréal est le seul port canadien à disposer de son propre service de prévention des incendies. Leur rôle ? Assurer en tout temps une vigilance et une rapidité d’intervention sur le territoire portuaire.

 

En mission

Créé il y a plus de 60 ans, le service composé aujourd’hui de six préventionnistes sillonne le port à longueur d’année. Sur les quais, ils ont même un petit nom : ce sont les « mouches à feu » — un surnom attribué par les débardeurs du Port afin de désigner cette équipe mobile formée pour la prévention des incendies et dont la mission première est de veiller à la sécurité d’un territoire aussi immense que disparate.

« On assure la quiétude des gens, de ceux qui travaillent sur le port, des employés et aussi des voisins », nous dit Stéphane Préville, préventionniste au Port de Montréal depuis 28 ans.

En effet, sur les 26 km que couvre le territoire portuaire sur l’île de Montréal et les 40 millions de tonnes de marchandises manutentionnées annuellement, il y a une diversité impressionnante de produits, d’activités et d’équipements qui ne doit pas être laissée au hasard.

En tout, près de 70 bâtiments — incluant d’immenses bâtiments centenaires, des hangars, des silos, des stations électriques, des citernes, etc. — doivent être inspectés régulièrement afin d’assurer la conformité aux normes selon une fréquence. « Les élévateurs à grain, par exemple, sont des bâtiments à haut risque en raison de la poussière en suspension qui est explosive », nous explique Dany Rochon, capitaine du port adjoint, incendies et matières dangereuses. Sur les terminaux, il faut aussi veiller à ce que les marchandises soient entreposées dans un endroit approprié et éviter, par exemple, « que des palettes de bois atterrissent à proximité de travaux de soudure ».

Au fil des ans, le service de prévention est devenu de plus en plus performant et polyvalent. Aujourd’hui, l’équipe délivre les permis de brûlage et de soudage, gère les plaintes (en collaboration avec d’autres équipes du Port), les déversements, supervise la conformité des événements au Grand Quai, gère la formation de la structure d’urgence en cas d’événements majeurs et autorise toutes les demandes de rénovations ou réaménagement des espaces en fonction des normes en vigueur.

Nos mouches à feu sont également sollicitées lorsque des événements extérieurs se déroulent à proximité des installations portuaires. Un exemple ? « Les feux d’artifice tirés de La Ronde », précise Dany. « On s’assure qu’il n’y a rien d’inflammable ou qui présente un danger dans tout le périmètre de retombées possibles des feux, y compris les wagons en attente sur les rails ».

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De gauche à droite : Sébastien Major-Forest, Francis Roberge-Perron, Stéphane Crevier, Michel Brunet, Phillipe Brouard et Dany Rochon

Matières sous surveillance

C’est aussi à l’équipe des préventionnistes de superviser la manutention des matières dangereuses qui passent par le Port de Montréal.  Qu’entend-on par matières dangereuses ? « C’est très varié… Ça peut être le chlore que le monde met dans sa piscine, ou alors les feux d’artifice qui sont livrés par navire, mais aussi des bouteilles aérosol, des munitions pour les fusils de chasse ou l’acide sulfurique utilisé dans l’industrie métallurgique. » Chaque matière à surveiller est identifiée selon un code international établi par l’ONU. « Dans certains cas, nous avons besoin d’être présents pendant le déchargement pour vérifier que les matières sont manipulées selon les protocoles et qu’elles sont entreposées au bon endroit. On s’assure aussi qu’elles ne restent pas au Port de Montréal et sortent dans un délai de 72 heures. »

Lorsqu’un navire est avitaillé au GNL — un service offert au Port de Montréal depuis 2017 en collaboration avec Énergir— l’équipe déploie un dispositif pour contrer les éventuelles fuites de gaz. « On prévoit des rideaux d’eau en demi-lune qui peuvent monter 15 pieds autour de la source de gaz. S’il y a une fuite, le GNL, qui est à -160 Co va monter à la verticale en se condensant, heurter les rideaux d’eau et s’évaporer en hauteur ».

Quand l’équipe doit-elle intervenir d’urgence ? « Il peut arriver qu’un conteneur soit endommagé ou fissuré », nous explique Dany. « Nous intervenons en cas de risque de déversement ». L’équipe installe un périmètre de sécurité, fait évacuer la zone et établit la stratégie d’intervention pour colmater la fuite. Au besoin, ils font appel au service de pompiers municipal. « Dans 99 % des cas, nous sommes capables de régler la situation. Nous sommes les spécialistes du terrain, mais nous n’avons pas l’équipement nécessaire pour faire des interventions du calibre des pompiers de la ville ».

 

Devenir préventionniste

La formation nécessaire pour faire ce métier ? Les préventionnistes du Port de Montréal sont tous pompiers niveau 1 ayant obtenu la certification de technicien en prévention des incendies. Ils doivent aussi avoir le diplôme de premier répondant niveau 2 pour intervenir en cas de blessure. 

Pour sa part, avec 25 ans d’expérience sous le casque, Dany a touché à tous les aspects du métier au cours de sa carrière, puisqu’il a été pompier municipal avant de travailler dans le secteur minier, gazier et maintenant le maritime. Sa passion ? « Développer les compétences de mon équipe », nous dit-il.

Un outil de prédilection pour la formation : la réalité virtuelle. Grâce aux modélisations du port de Montréal en trois dimensions, les préventionnistes peuvent s’exercer à intervenir dans différents cas de figure et à déployer les protocoles, en plus des pratiques planifiées sur le terrain, des exercices sur les terminaux ou dans les navires.

Quant aux qualités requises pour faire le métier, Stéphane souligne la « débrouillardise, le sens du devoir, de bonnes connaissances ainsi qu’une bonne forme physique ». Mais en termes d’amour du métier, « c’est dur à battre », poursuit-il. « Le terrain de jeu est immense et on n’a pas le temps de s’ennuyer ! »