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VOISINS DU PORT

L’Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve : Une mission au cœur du patrimoine

Situé dans l’édifice de l’ancien bain de Maisonneuve, à deux pas de l’ancien marché Maisonneuve, l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga Maisonneuve est une porte ouverte sur le patrimoine d’un quartier qui s’est construit le long du fleuve et de son port.


 

Passionnés d’histoire

À travers des publications, des conférences, un centre d’archives photographiques, des visites guidées, des formations ou encore des expositions, l’Atelier d’histoire s’attache depuis maintenant plus de 40 ans à diffuser et mettre en valeur l’histoire des quartiers Hochelaga-Maisonneuve et Mercier. « La plupart des gens ne savent pas que ces quartiers recèlent autant de richesse. Même ceux qui y vivent ignorent souvent l’histoire de leurs murs », avance André Cousineau, qui contribue à l’atelier à titre d’historien consultant.


William Gaudry et André Cousineau, historiens

À la barre de ce projet porteur de mémoire figurent plusieurs acteurs aussi impliqués que passionnés. En premier lieu, Réjean Charbonneau, cofondateur de l’atelier en 1978, qui fait un travail d’orfèvre à récolter les informations, les colliger dans des projets informatifs et éducatifs ; William Gaudry et André Cousineau, historiens spécialistes respectivement de Mercier et d’Hochelaga-Maisonneuve, qui alimentent de leur expertise la banque d’information de l’atelier ; ou encore Caroline Prénovost, qui anime nombre de visites guidées organisées par l’atelier et qui fait vivre les scénarios concoctés maison par l’équipe.

Ensemble, ils s’attachent à révéler ce que bien peu soupçonnent. « Nous déconstruisons les préjugés », poursuit William Gaudry. Loin d’être des déserts culturels, ces quartiers sont des témoins centraux de tout un pan de l’évolution de la ville et en portent encore de nombreuses traces à découvrir. En effet, ces anciennes cités ouvrières nées au 19e siècle ont connu tour à tour le plein emploi des années folles, la crise des années 1930, le regain industriel de la Seconde Guerre mondiale, l’explosion de l’urbanisation, le développement du port, la désindustrialisation des années 1990 et, depuis, le développement des initiatives d’économie sociale. « Beaucoup de notre travail est de montrer à la communauté qu’on peut être fier de toutes ces différentes étapes de développement. »

Si les murs pouvaient parler…


Inondation de 1928 au vieux village de Longue-Pointe, aujourd'hui disparu.
Collection AHMHM fonds Pinet.

Saviez-vous qu’à la place du tunnel Lafontaine se trouvait le noyau du village historique de Longue-Pointe, un des plus vieux villages de l’île de Montréal ? Que le tunnel, au moment de sa construction, était une prouesse technique et une fierté pour le Québec, capable de supporter une pression de 8000 livres par pouce carré de pression dans le fond du fleuve ? Que plusieurs institutions importantes existaient jadis à Mercier, dont l’hôpital psychiatrique Saint-Jean de Dieu, qui a joué un rôle majeur dans la recherche en santé mentale au Canada, la pépinière municipale où poussaient tous les arbres pour l’île de Montréal ou la première école supérieure de Montréal (secondaire), fondée par Jean-Baptiste Currateau, qui deviendra le Collège de Montréal ? À Hochelaga-Maisonneuve, on découvrira par exemple que de nombreux bâtiments patrimoniaux ont été préservés tout en étant affectés à de nouvelles fonctions. C’est ainsi que le marché Maisonneuve est devenu le Centre culturel et sportif de l’Est, que l’ancien bain public est une piscine municipale, et que l’ancienne caserne de pompiers est devenue le centre d’entraînement de l’Impact.

Parmi les acteurs majeurs de la transformation du quartier figure le port de Montréal, dont le premier quai à Longue-Pointe a été construit en 1878. Suivra une intensification du développement portuaire tout au long du siècle, qui a eu pour effet de stimuler le développement industriel de l’est de l’île. Cette évolution prendra encore plus d’ampleur dans les années 70 avec la création des terminaux à conteneurs Cast et Racine.

Au-delà de sa mission auprès du public, l’Atelier d’histoire se sert aussi du passé pour mieux préparer l’avenir. Il offre ses services pour former certains fonctionnaires et membres du comité d’urbanisme de l’arrondissement sur l’importance historique et symbolique de certains bâtiments du quartier à côté desquels on pourrait facilement passer.

Un exemple ? La maison Brouillet dit Bernard, une des plus anciennes de l’arrondissement et au style emblématique des cottages québécois de l’époque, est aujourd’hui ceinturée de condos et invisible de la rue. « C’est pour éviter que de telles décisions soient prises que nous voulons informer les personnes responsables des décisions d’urbanisme », admet André Cousineau. Parmi les autres chevaux de bataille figurent les maisons shoebox, qui font l’objet aujourd’hui d’une véritable prédation des promoteurs et qui sont pourtant dotées d’une signification patrimoniale. « Elles témoignent de l’urbanisation de la périphérie de Montréal au 20e siècle et comment les gens avec leurs propres moyens construisaient leur logement », poursuit William Gaudry.


Au sud de la rue Nicolet, juillet 1910

Des activités florissantes

L’intérêt pour l’histoire du quartier ne cesse de croître, se réjouit pour sa part Réjean Charbonneau. « Les résidents, les élus ou encore les groupes scolaires sont de plus en plus nombreux à s’intéresser aux activités de l’Atelier d’histoire. » Le principal défi ? « Peu de moyens, mais de plus en plus de demandes… »

 

Parmi les projets les plus appréciés récemment, citons les circuits en balado-découvertes, téléchargeables sur téléphone, qui ont été consultés 8500 fois depuis leur création. Conçus autour 12 points d’intérêt par quartier, ceux-ci permettent aux utilisateurs de sillonner les quartiers en découvrant à leur rythme comment le quartier s’est construit et quelques-unes des histoires qui se cachent derrière les façades.

Et dès cet été, une nouvelle visite guidée sera lancée dans le quartier Mercier, de la promenade Bellerive aux îles de Boucherville, afin de faire ressortir l’importance de l’histoire du fleuve dans le secteur ainsi que le rôle du port de Montréal dans son évolution. Une activité soutenue par le Port de Montréal.