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VOISINS DU PORT

Une peinture pour CanEst


 

Un lien tout à fait spécial s’est noué entre CanEst Transit, une entreprise établie à la section 45 du port, et madame Lajoie, une voisine du Port de Montréal.

C’est une superbe matinée de mai. Lorraine Lajoie se présente devant les grilles de CanEst Transit, ouvertes pour elle, car on l’attend... CanEst est installée dans l’ancienne annexe du silo à grains numéro trois, sur la rue Notre-Dame, coin Nicolet, sur les terrains du Port de Montréal. Madame Lajoie tient dans une main un sac-cadeau, duquel dépasse un papier de soie vert. Ce matin-là, elle a rendez-vous avec le directeur général de CanEst, Réal Bélanger.

L’adjointe de monsieur Bélanger, Liane Bussière, a préparé une assiette de pâtisseries et du café. Après quelques mots de politesse, madame Lajoie tend la main vers le sac, libère le papier de soie vert et sort délicatement du sac une peinture, tout en prévenant monsieur Bélanger : « Il faut prendre un peu de recul pour bien apprécier. »


Réal Bélanger, directeur général de CanEst Transit,
tient la peinture que son auteur, Lorraine Lajoie,
lui a offerte.

La peinture représente l’édifice jaune fraîchement restauré de CanEst Transit. Devant la bâtisse, on reconnaît bien la grille. Sur le trottoir, deux petites filles habillées à l’ancienne et, sur la rue Notre-Dame, une voiture d’époque. L’auteur de cette toile est Lorraine Lajoie elle-même, ancienne commerçante de la rue Sainte-Catherine, peintre, sculpteure, et voisine du silo numéro trois depuis 45 ans. La toile s’intitule D’aujourd’hui à hier.

Réal Bélanger n’en revient pas : « Je vais l’accrocher dans mon bureau ! » Ils se sourient. Ça n’est pas leur première rencontre. « Tout a commencé par un appel. Madame Lajoie m’a téléphoné le 9 septembre dernier », se souvient le patron de CanEst.

« Je regardais par la fenêtre, chez moi, et, en levant les yeux, j’ai vu ces mots : CanEst, sur l’édifice qu’on avait repeint en jaune, raconte Lorraine Lajoie. Avant, c’était gris et mort, et tout d’un coup, il y avait de la vie. J’ai voulu en savoir plus. J’ai cherché sur Internet et puis j’ai téléphoné. Le grand patron lui-même a répondu et il a pris le temps de m’expliquer ce qu’était CanEst. Pour terminer, il m’a invitée à l’inauguration ! En temps normal, j’aurais refusé. Mais devant sa grande amabilité, j’ai accepté. »


Lorraine Lajoie et son fils Jonathan devant leur demeure,
sur la rue Sainte-Catherine Est. Ils prennent la direction de
CanEst Transit, situé à cinq minutes de marche, sur la
rue Notre-Dame.

C’est ainsi que madame Lajoie a participé à l’inauguration de CanEst, aux côtés des dignitaires, dont Sylvie Vachon, présidente-directrice générale de l’Administration portuaire de Montréal.

Les marins, ses clients


 

Pendant 30 ans, Lorraine Lajoie et son mari ont tenu un magasin général sur la rue Sainte-Catherine, près de la rue Nicolet, où elle a élevé ses cinq enfants. Les débardeurs et les marins venaient régulièrement s’y approvisionner, en cigarettes, en boissons, en cadeaux et objets utilitaires. « Beaucoup de marins achetaient des radios, dit-elle. Plusieurs ne parlaient ni français ni anglais. On leur écrivait le prix sur un papier. Les chiffres, ils comprenaient ! Mais ils ne comprenaient pas qu’une fois à la caisse, ça coûtait plus cher. À cause des taxes. Ils ne voulaient pas la payer. Alors, parfois, on ne la leur facturait tout simplement pas… »

Le commerce a fermé ses portes il y a 15 ans. Depuis, Lorraine Lajoie s’est installée dans les locaux de l’ancien magasin, avec son fils Jonathan. Les murs sont chargés de ses peintures et de photos de ses enfants et trois petits-enfants. Chaque soir, elle jette un œil sur l’édifice éclairé de CanEst : « Cela met de la vie dans le quartier! »