Commercer avec le monde

La maison des marins de montréal

Pour les marins qui passent la majeure partie de leur vie loin des leurs, la Maison des marins de Montréal se veut leur chez soi à l'étranger.

 


Carolyn Osborne, c'est l'âme de la Maison des marins depuis près de 20 ans.
Elle n'aime pas voyager, avoue-t-elle, mais elle aime recevoir !

 

 

Il y a près de 500 centres des marins dans le répertoire publié par l’International Committee on Seafarers’ Welfare (ICSW). Parmi les 16 centres éparpillés au Canada figure la Maison des marins de Montréal, dirigée depuis 19 ans par Carolyn Osborne. Les yeux rieurs et le sourire large sous une abondante chevelure argentée, cette Britannique d’origine donne le ton à toute la maisonnée. En effet, il règne ici une bonne humeur et une convivialité qui suscitent l’envie de s’attarder, de s’assoir devant un café ou une bière pour discuter un bout.

L’an passé, plus de 12 000 marins ont profité de l’accueil enthousiaste de sa petite équipe de cinq personnes. Ils y trouvent ce qu’ils recherchent avant tout : des ordinateurs et une connexion Internet pour communiquer avec leurs proches. Et aussi des cabines téléphoniques et des cartes d’appel, des jeux, une table de ping-pong, un billard et un karaoké, une télé et des films, des bibliothèques bourrées de livres, des sièges, des tables et un décor qui rappellent une maison. Au milieu, un petit magasin offre des souvenirs, des vêtements, des objets utiles, des boissons et des friandises.

À droite, en entrant, un endroit de prière ouvert à toutes les religions est animé par les aumôniers catholiques et protestants et on y trouve des bibles dans toutes les langues. Tous les jours, vers 21 h, c’est le temps de la prière… quel que soit le dieu qui la reçoit. « Énormément de marins sont très croyants. Je pense aux Philippins, de fervents catholiques, aux Indiens… », dit Jason Zuidema, aumônier du Ministry to Seafarers, un organisme qui œuvre avec la Maison des marins.

Du téléphone à Skype

Le téléphone a longtemps été le plus populaire auprès des visiteurs. Aujourd’hui, c’est Skype. « Les jeunes marins voyagent souvent avec leur propre portable, dit Jason Zuidema. Ils sont aussi accros que nous. D’ailleurs, la première sortie qu’ils désirent faire à Montréal, c’est aller chez Future Shop ! »

Après s’être informés des navires qui accostent au port de Montréal et munis de la liste des membres de l’équipage, les aumôniers vont chercher les marins sur le quai, à bord de deux autobus achetés grâce aux dons de plusieurs donateurs, dont l’International Transport Workers’ Federation (ITF), un organisme de défense des droits des marins et auquel sont affiliés plusieurs syndicats.


Le temps passé à aider les marins et à discuter avec eux enrichit la retraite de
Betty et Peter Mostert.

Lorsque la saison des croisières bat son plein, à Montréal, à l’automne, la petite équipe de Carolyn Osborne reçoit jusqu’à 400 marins par jour ! Heureusement, elle peut compter sur le soutien de bénévoles. Ces derniers proviennent souvent de l’extérieur de Montréal. Le Ministry to Seafarers leur offre un appartement gratuit au centre-ville de Montréal, ainsi qu’une carte de transport pour le métro, pour une période de trois semaines. En contrepartie, ces bénévoles s’engagent à prêter main-forte à la Maison des marins, à raison de quatre jours de travail, de 17 h à 23 h, suivis d’un jour de congé.

Betty et Peter Mostert, un couple d’enseignants à la retraite de Mont-Tremblant, font ainsi deux séjours à Montréal, en juin et en octobre, depuis plusieurs années. « Déjà, on envoyait des boites de souliers contenant des cadeaux pour le réveillon de Noël des marins, dit Betty. À la retraite, on a décidé de faire plus. Cela donne un sens à notre vie. » « Le plus important, ce sont les discussions et les échanges que nous avons avec eux », ajoute Peter.

 

 

Une vieille tradition

La Maison des marins a fêté ses 150 ans en 2012. À l’origine, le Montreal Sailors’ Institute a été fondé par des hommes, la plupart étaient Écossais, pour éloigner les marins des bars, des prostituées et des voleurs. « Autrefois, les navires demeuraient au port un bon deux semaines, le temps de décharger. Bien des marins y laissaient tout leur argent », explique Carolyn Osborne. On allait leur offrir un havre de paix.

En 1893, le Catholic Sailors’ Club est fondé pour « soustraire les marins catholiques au joug des protestants ». Pendant longtemps, les deux centres cohabiteront. Ensemble, ils iront même jusqu’à aménager une salle de concert, qui deviendra rapidement un centre de rassemblement majeur pour les marins. Ces concerts font parler d’eux partout dans le monde, au point où, pendant la Deuxième Guerre mondiale, la CBC diffuse pendant trois ans, chaque semaine, « The Merchant Navy Show ». En 1968, les deux organismes ont décidé d’unir leurs forces et ils ont fusionné.

Une place au cimetière


Le monument de la Stella Maris, la Vierge Étoile de la mer,
au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le Mont-Royal.

Au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le Mont-Royal, une parcelle qui appartient à la Maison des marins accueille les corps des marins qui perdent la vie au cours d’une traversée. Une imposante statue de la Vierge Étoile de la mer, debout dans un voilier, veille sur les marins étrangers dont la vie s’est abruptement arrêtée à Montréal.

Des alliés

Pour se financer, la Maison des marins de Montréal organise quelques événements : un bal annuel, un casino, une fiesta italienne, la vente d’un calendrier loterie. Le Port de Montréal soutient la Maison des marins à sa façon, et Jean-Luc Bédard, vice-président des opérations et capitaine du Port de Montréal, est membre du conseil d’administration de la Maison. Par ailleurs, chaque navire qui entre au port de Montréal est invité à verser volontairement 35 $ à la Maison des marins.

L’organisme peut également compter sur les fournisseurs de navires qui lui offrent la boustifaille à l’occasion du réveillon de Noël. Pour les Fêtes, des centaines de contributeurs envoient à la Maison des marins des vêtements chauds pour les marins qui se font prendre par l’hiver, ainsi que des cadeaux emballés dans des boîtes à chaussures : jeux, livres, bonbons, savons et produits de toilette, stylos, bloc-notes et agendas, enfin tout ce qui peut faire plaisir à un marin et l’aider à passer le temps pendant les longues journées en mer.

Pour en savoir plus sur la Maison des marins de Montréal et pour envoyer vos dons de vêtements et autres cadeaux pour les marins : www.marinershouse.ca.

 

Des tuques pour les marins

Si, au cours d’un voyage en Europe ou en Asie, vous rencontrez un marin coiffé d’une tuque bleu marine portant le logo du Port de Montréal, ne vous étonnez pas !


 

Pour célébrer le 150e anniversaire de la Maison des marins, le Port de Montréal a fait confectionner quelque 1 300 tuques arborant son nouveau logo, qui ont été distribuées à tous les marins qui ont fréquenté la Maison des marins au cours du mois de décembre 2012. Belle façon de joindre l’utile à l’agréable, puisqu’il n’est pas rare que des marins originaires des pays chauds débarquent au port de Montréal en plein hiver, en sandales et en t-shirt. La tuque du port est franchement bienvenue !

Plus de 800 tuques ont également été achetées par les membres de l’industrie. Les profits de cette vente, soit 3 212 $, ont été versés à la Maison des marins. « Cette tuque se veut une reconnaissance du caractère profondément humain que confère la Maison des marins au séjour des marins de passage dans notre port. Nos tuques se promènent maintenant partout dans le monde », a indiqué Sylvie Vachon, lors de la remise du chèque.

Jean-Luc Bédard a tenu à souligner la générosité des partenaires du Port de Montréal qui ont appuyé cette initiative au profit de la Maison des marins en se portant acquéreurs de dizaines ou de centaines de tuques : « Ils ont fait décoller les ventes. Sans eux, nous n’aurions pas connu un tel succès. C’est une preuve d’appréciation du travail de ces marins qui contribuent à la réussite des opérations portuaires de Montréal. »

À la Maison des marins, une tuque encadrée orne fièrement au mur. Le Port de Montréal compte rééditer l’an prochain ce projet apprécié de tous. Après les tuques, des mitaines ? Des foulards ? À suivre…