Commercer avec le monde

DOSSIER : ENVIRONNEMENT

MESURER LA RÉUSSITE


Nathalee Loubier et Carole Nuttal, conseillères en environnement au Port de Montréal

« Tout ce qui se mesure se gère mieux ». C’est cette devise bien connue du monde des affaires qu’a adoptée le Port de Montréal et qui dirige toutes les facettes de ses activités.

« Rien n’échappe à notre attention, affirme le directeur des opérations de l’Administration portuaire de Montréal, Daniel Dagenais. Selon notre politique de développement durable, nous devons analyser l’impact environnemental de tous nos projets, et trouver les moyens de réduire au minimum cet impact, et ce, avant même d’entreprendre leur réalisation.»

À peine 11 % de tous les ports du monde se sont dotés d’un système de gestion environnementale qui soumet toutes leurs activités à une gamme de normes élevées, et l’APM est de ce nombre. Le Port a d’ailleurs joué un rôle de pionnier, dès 2008, en figurant parmi les premières administrations portuaires du monde à mesurer les émissions globales de leurs activités.

« Nous avons immédiatement constaté la nécessité d’abolir toute pratique supposant de laisser les camions tourner au ralenti », explique Carole Nuttall, conseillère en environnement de l’APM.

« En mars 2011, le Port a poussé la démarche un peu plus loin en érigeant un nouveau portail d’entrée des camions, ce qui a permis de réduire le temps de transaction de 80 % et de diminuer le temps d’attente de moitié, ajoute Carole Nuttall. Au préalable, on avait défini des indices de référence, ce qui nous a permis de mesurer précisément l’efficacité de cette initiative, et d’autres encore. »

L’Alliance verte


David Bolduc,directeur général de l'Alliance verte

En se joignant au programme environnemental de l’Alliance verte à titre de membre fondateur, en 2007, le Port de Montréal a commencé à étalonner une portion de ses activités quotidiennes dans le but de réduire leur impact environnemental.

L’Alliance verte réunit des ports, des exploitants de terminaux, des compagnies maritimes et d’autres intervenants du transport maritime d’Amérique du Nord, qui cherchent à améliorer sensiblement leur performance environnementale.

« Ce programme permet aux entreprises d’évaluer leurs progrès environnementaux sur une base simple et facile à comprendre », précise le directeur général de l’Alliance verte, David Bolduc.

Les membres mesurent leur performance environnementale en fonction de plusieurs critères environnementaux, écologiques et communautaires. Ces évaluations visent notamment la propagation d’espèces aquatiques envahissantes, ainsi que la réduction les gaz à effet de serre (GES), du bruit, de la poussière et de l’éclairage inutile.

Le niveau 1 est associé au respect de la réglementation existante; il constitue le passage obligé pour tous les participants. Tout ce qui surpasse ces exigences correspond ensuite aux niveaux 2 à 5, le niveau 5 représentant l’excellence et le leadership en matière environnementale.

« Tous les participants soumettent leur auto-évaluation à un vérificateur externe qui exigera de voir les données et la documentation justifiant l’admissibilité au niveau souhaité, explique David Bolduc. Pour mériter et maintenir cette crédibilité, ils sont tenus de présenter des données chiffrées, preuves d’une véritable amélioration. »

Le système de classification en cinq niveaux enrichit l’exercice de « benchmarking » en ajoutant la dimension d’amélioration continue, d’une année à l’autre.

« Utiliser un cadre uniforme pour mesurer ses progrès est très important, parce que cela permet de déterminer si les investissements dans la formation de la main-d’œuvre, dans les améliorations technologiques et dans de nouveaux équipements ont effectivement contribué à réduire l’empreinte écologique de l’entreprise », soutient David Bolduc.

« De plus, l’Alliance verte offre à ses participants la chance de comparer leur propre rendement à celui des autres, dans une atmosphère de saine rivalité, dit-il. Il est surprenant de constater à quel point tous les participants ont accepté volontiers de partager leur expérience en ce qui concerne les pratiques exemplaires, les nouveaux équipements et les mesures technologiques, en sachant pertinemment que c’est bel et bien l’industrie dans son ensemble qui profite de l’amélioration du caractère durable des ports et des sociétés de transport maritime. »

La simplicité du système de classification à cinq niveaux permet aux observateurs d’autres secteurs de saisir facilement le rendement d’une entreprise, et de mesurer l’amélioration en matière de développement durable réalisée au cours de l’année précédente. À cet égard, tous les participants ont accepté que leur évaluation soit rendue publique.

Un membre fondateur

Le Port de Montréal est associé à l’Alliance verte depuis les premières heures, alors que l’initiative n’était encore qu’à l’état embryonnaire, il y a sept ans.

« Un représentant de l’Administration portuaire de Montréal présidait alors le Comité consultatif Saint-Laurent, qui a jeté les bases et les principes directeurs du programme, rappelle David Bolduc. À cette époque, le Port de Montréal était déjà un leader environnemental au Québec, et ses représentants ont proposé une vision claire aux autres intervenants en suggérant plusieurs des objectifs environnementaux du programme de l’Alliance verte. »

« Et même si le Port de Montréal avait déjà une bonne longueur d’avance à plusieurs égards, ses responsables n’ont pas hésité à mettre la barre encore plus haut pour eux-mêmes », dit David Bolduc.

Premier port de l’Est du Canada à mesurer ses émissions atmosphériques, le Port de Montréal a partagé ces paramètres avec les autres intervenants au moment de créer l’Alliance verte. « Le Port de Montréal a également pris part à des projets pilotes grâce auxquels l’Alliance verte a pu peaufiner sa méthodologie de classification des améliorations de la qualité de l’air », précise David Bolduc.

Ce dernier souligne le mérite de la présidente et directrice générale de l’Administration portuaire de Montréal, Sylvie Vachon, qui, dit-il, n’a jamais hésité à promouvoir le programme de l’Alliance verte. « Elle a su convaincre les autres administrations portuaires du Canada de se joindre à l’initiative, et elle a adressé une lettre personnelle à chacun des locataires du Port de Montréal pour les inciter à y participer, dit-il. Elle est l’un des meilleurs ambassadeurs de l’Alliance verte. »

Amélioration continue

Le Port a consolidé sa position avec sa fiche de rendement pour 2011, laquelle lui a valu un niveau 4 (pour l’introduction de nouvelles technologies environnementales) en reconnaissance de ses efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Nous avons, entre autres, remplacé les locomotives traditionnelles utilisées dans nos installations portuaires au profit de modèles à génératrices multiples permettant de réduire de 90 % les émissions de GES, et d’améliorer de plus de 50 % le rendement écoénergétique », précise Carole Nuttall.

En 2011, le Port est parvenu à conserver sa cote de niveau 5 (excellence et leadership) pour sa gestion environnementale. Au nombre de ses initiatives figurent les démarches auprès des employés pour favoriser l’utilisation du transport en commun ou du vélo, et les mesures d’encouragements pour obtenir la participation du personnel et du public à des activités comme le Grand Nettoyage des rivages canadiens.

« Nous cherchons constamment à sensibiliser nos employés et la communauté portuaire aux gestes écologiques simples qu’ils peuvent faire au travail ou ailleurs, souligne Nathalee Loubier, conseillère en environnement de l’APM. Cela s’applique aussi à tous nos opérateurs de terminaux; ils acceptent de respecter certains engagements en matière d’environnement, qui font partie intégrante du contrat de location conclu avec le Port. »

En 2012, la performance du Port dans le cadre du programme de l’Alliance verte reflètera d’autres améliorations, comme l’abandon graduel des anciens véhicules de service et d’entretien au profit d’une flotte hybride. « Ces nouveaux équipements permettent de réduire les émissions de GES de l’ordre de 39 % », indique Carole Nuttall.

L'initiative climeport


 

L’Alliance verte n’est que l’une des nombreuses initiatives d’envergure auxquelles adhèrent divers ports aux quatre coins de la planète. L’initiative CLIMEPORT, par exemple, regroupe plusieurs ports méditerranéens qui cherchent à cibler des outils spécifiques pour minimiser les émissions de GES provoquées par leurs activités portuaires régulières.

L’Administration portuaire de Valence, en Espagne, a lancé ce projet auquel ont souscrit d’autres ports de la Méditerranée en France, en Grèce, en Italie, en Slovénie et en Espagne. Cofinancée par le Fonds européen de développement régional, l’initiative CLIMEPORT a notamment bénéficié de l’expertise de deux agences de l’énergie ainsi que d’un partenaire technologique.

CLIMEPORT met l’accent sur l’importance de mesurer les progrès sur le plan environnemental. De fait, selon la première de ses trois grandes priorités, chacun des ports fait l’inventaire des GES émis et en identifie la source, pour pouvoir déterminer avec précision la portion des émissions imputable à chacune des activités portuaires.

On a ensuite cherché à établir l’empreinte carbone de chaque port en calculant la quantité en tonnes de dioxyde de carbone découlant directement ou indirectement du port et des activités portuaires dans la région.

Enfin, le projet prévoyait aussi l’adoption d’indices de référence pour comparer les efforts consentis par chacun des ports, ainsi que la mise en commun de ces initiatives et des pratiques exemplaires, dans le cadre d’une conférence organisée en 2012. Cet événement avait pour objectif de permettre aux partenaires d’apprendre les uns des autres et de mettre en commun leurs connaissances, pour continuer à s’améliorer.

Établir des normes mondiales


Paul Robbins, directeur du marketing pour le
secteur maritime de la société International Paint

L’importance accordée à la précision des mesures augmente en même temps que la valeur socioéconomique des déclarations environnementales. Les intervenants en sont de plus en plus conscients. Personne ne souhaite investir dans des produits qui manquent à leurs engagements. Personne ne souhaite faire des affirmations qui seront ensuite remises en question.

C’est ainsi que plusieurs fournisseurs mondiaux de peinture marine ont enjoint l’Organisation maritime internationale de concevoir une méthodologie normalisée pour vérifier les économies de carburant et d’autres formes d’énergie associées aux technologies plus vertes.

International Paint, BMT ARGOSS et NAPA se sont adressées au Comité pour la protection de l’environnement de l’OMI en vue d’adopter une approche cohérente qui serait mise en pratique à l’échelle mondiale.

« Il existe encore un fossé entre les fournisseurs de technologies “propres” qui croient posséder des solutions abordables offrant un retour sur l’investissement mesurable sur un court terme, d’une part, et d’autre part, les armateurs et exploitants maritimes, qui se méfient de la surenchère de prétendues économies en carburant, note Paul Robbins, directeur du marketing pour le secteur maritime de la société International Paint.

Pour combler ces lacunes et pour encourager les transporteurs maritimes à adopter des solutions plus écologiques, M. Robbins et ses collègues ont suggéré à l’OMI d’établir une méthodologie normalisée qui permettrait de prouver scientifiquement les déclarations environnementales, et qui assurerait une certaine transparence aux analyses et aux données qui en résultent. Grâce à ces normes mondiales, les compagnies maritimes pourraient faire des choix plus éclairés et se montrer plus confiantes au moment d’investir dans des solutions d’amélioration environnementale. Par ailleurs, l’instauration de normes cohérentes et transparentes favoriserait l’adhésion du public à leur égard.

En prenant acte de ces bénéfices éventuels, la Commission d’action pour le climat de l’Union européenne a donc annoncé son intention de mettre en œuvre un processus de surveillance, de compte-rendu et de vérification sur ces questions. Affaire à suivre…