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DOSSIER : NOUVELLES TECHNOLOGIES

Un guichet unique pour tous

La gestion quotidienne d’un port repose sur des échanges d’information, qui passent de plus en plus souvent par un guichet unique, ou Port Community System (PCS). Véritable cas de figure, le port de Valence possède un PCS qui a contribué à sa nomination en tant que best-in class port cluster par le Global Institute of Logistics. Le Port de Montréal, initiateur et partenaire de la Grappe métropolitaine de la logistique et du transport de Montréal, s’est intéressé à l’expérience du port espagnol. La Grappe compte parmi ses priorités l’identification des pratiques et des technologies de pointe pour en promouvoir l’implantation. Il y est notamment question de plateforme commune.
Port de Valence. Photo: Valencia Port


Lorsqu’un navire se rapporte au port de Valence, il utilise le même document électronique pour signifier sa présence auprès des Autorités maritimes, de la Garde côtière, des Autorités de l’immigration et d’autres organismes de contrôle. C’est simple, instantané et sans papier !

Tout cet échange d’information se déroule dans la même fenêtre électronique, celle du Port Community System (PSC). Pareillement, les déclarations de matières dangereuses sont partagées par les différentes agences gouvernementales concernées. De plus, l’Autorité portuaire et les Douanes peuvent contrôler l’information concernant la manutention des marchandises, puisque cette dernière voyage du transporteur au terminal par le PCS. On diminue ainsi les risques d’erreur, le temps passé à remplir des formulaires différents, et on économise des tonnes de papier. D’un coup d’œil, les opérateurs de terminaux peuvent vérifier, sur le PCS, que les conteneurs devant être chargés ou déchargés ont reçu, ou non, l’autorisation des Douanes et de l’Autorité portuaire.


Jose Manuel Garcia de la Guia, directeur des technologies de l’information à l’Autorité portuaire de Valence

« Tout cela augmente considérablement l’efficacité de nos opérations », explique Jose Manuel Garcia de la Guia, directeur des technologies de l’information à l’Autorité portuaire de Valence. Plus de 400 organismes échangent de l’information grâce au guichet unique du port de Valence.

 


Effets tangibles

Les effets du PCS sont tangibles : depuis que la police des Douanes reçoit la liste des marchandises en même temps que les opérateurs de terminaux, la liste est automatiquement croisée avec les autorisations des déclarations douanières grâce à un lien avec le système central des Douanes espagnoles, tout cela sans papier. Résultat : vérifier une liste de 5 000 mouvements ne prend plus que trois minutes, comparativement à quatre heures, avant l’implantation du PCS.


Autre amélioration : depuis que l’information concernant la marchandise arrive au terminal avant le camion, le temps d’arrêt du camion à la barrière est passé de 5 minutes à 35 secondes. Au Terminal Maritima Valenciana (1,4 million d’EVP), 4 barrières gèrent aujourd’hui un plus grand débit que 10 barrières auparavant.

 

Un « esprit de Port »

L’implantation d’une nouvelle technologie de l’information n’effraie plus personne, pour ce qui est de l’aspect technique et de la sécurité. « Le plus difficile, c’est de dompter la peur du changement, constate Jose Manuel Garcia de la Guia. Nous parlons ici d’organisations qui travaillent de la même façon depuis des dizaines d’années. Mais à l’ère d’Internet, les gens finissent par comprendre le besoin de changer et d’intégrer les nouvelles technologies pour augmenter l’efficacité des opérations. »

Un autre défi a surgi au cours de l’implantation du PCS : celui d’instaurer un esprit de collaboration parmi les différents partenaires impliqués dans le projet. « Nous avons dû convaincre les gens qu’il en va de leur intérêt de travailler ensemble : chacun doit être ouvert à coopérer avec ses compétiteurs, ses clients, les compétiteurs de ses clients, les clients de ses compétiteurs, ses fournisseurs… C’est ce qui s’appelle la coopétition, et c’est primordial. Il faut créer un "esprit de Port”, qui fait que le groupe est plus puissant que la simple addition de ses membres », dit le directeur des technologies de l’information.

L’implantation d’un système communautaire portuaire représente la 3e étape du plan de développement stratégique des technologies de l’information de Valenciaport. La 4e phase prévoit l’étendue de son réseau de partage d’information à l’échelle internationale.


Ailleurs

Valenciaport a développé son propre modèle de guichet unique. Mais il existe sur le marché des systèmes que l’on peut adapter aux particularités de chaque port. En Europe, l’Association européenne des Port Community System (EPCSA) a été créée en juin 2011. Cette association de lobbying, qui réunit des opérateurs européens de plateformes électroniques, compte six membres fondateurs : Dakosy (Hambourg, Allemagne), dbh (Brême, Allemagne), Maritime Cargo Processing (Felixstowe, Royaume-Uni), Portbase (Rotterdam, Pays-Bas), Portic (Barcelone, Espagne) et SOGET (Le Havre, France).

SOGET, qui a constitué ce regroupement, a déjà équipé d’un PCS près d’une dizaine de ports français. L’entreprise du Havre – 120 salariés et un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros – vient de décrocher le plus important contrat à ce jour, avec l’Autorité portuaire indonésienne : équiper le terminal à conteneurs de Jakarta, puis l’ensemble des 111 ports de commerce de l’archipel. Leurs opérations additionnées représentent tout de même 12 millions de conteneurs et 1 milliard de tonnes de marchandises. SOGET honorera ce contrat avec Microsoft, qui l’a choisie comme son partenaire portuaire à l’international.

La plupart des grands ports d’Europe et d’Amérique du Nord sont maintenant équipés d’un PCS. Restent les ports américains et européens d’importance moyenne, de même que ceux d’Amérique du Sud et plusieurs d’Asie.

 

Valenciaport en bref

Valenciaport est géré par l’Autorité portuaire de Valence, organisme public, et regroupe en fait trois ports : ceux de Valence, de Sagunto et de Gandia sur 80 km de côte. Ensemble, ils ont manutentionné 64 millions de tonnes de marchandises et 4,2 millions de conteneurs EVP (équivalent vingt pieds), en 2010. Valenciaport occupe le 31e rang du Top 50 JOC 2011 des plus grands ports de conteneurs au monde. Il est 5e à l’échelle ouest-européenne, et le leader en mer Méditerranée occidentale.