Commercer avec le monde

Le terminal Bickerdike

Bickerdike est le terminal le plus diversifié du port : on y accueille aussi bien des conteneurs et des marchandises diverses et surdimensionnées que des passagers.


Don Scardochio, directeur des opérations chez Empire
Stevedoring, devant le bassin Pointe-du-Moulin.

 

L'opérateur Empire

L’opérateur de terminal Empire est bien installé au terminal Bickerdike, où il assure, depuis 1931, les services de chargement et de déchargement des navires marchands qui y accostent.

Contrairement aux autres terminaux du port, qui se spécialisent dans les marchandises soit conteneurisées, soit en vrac, liquide ou solide, le terminal géré par la famille Chodos depuis trois générations peut accommoder des navires de divers types : vraquiers, porte-conteneurs et navires de marchandises surdimensionnées.


 

« Nous jouissons certainement de la meilleure vue sur Montréal ! » s’exclame Don Scardochio avec satisfaction. Le directeur des opérations de l'opérateur Empire Stevedoring embrasse d’un large geste de la main le paysage entourant le terminal Bickerdike, dans le port de Montréal. Au bout de la jetée située à l’extrême ouest du port, la ville se dresse devant nous, sans aucun obstacle pour obstruer la vue. Cet endroit unique en ville est d’ailleurs convoité par les publicitaires et les cinéastes qui demandent régulièrement l’autorisation d’y installer leurs caméras. Au sud, la Cité du Havre offre au regard la fraîcheur de sa verdure et la silhouette caractéristique d’Habitat 67.

Près du quai nord, dans le bassin de la Pointe-du-Moulin, deux ponts roulants bleus dressent leur cou de girafe et attendent les conteneurs qu’ils chargeront sur le navire accosté devant eux ou qu’ils déchargeront. Deux rampes servent, quant à elles, à la manutention de cargaisons spécialisées, comme des automobiles.

Une vingtaine d’employés sont responsables de la bonne marche des opérations, de l’entretien des équipements et de la sécurité sur le terminal. Lorsqu’un navire annonce son arrivée, tout doit être prêt pour décharger sa cargaison le plus vite possible en toute sécurité. L’hiver, le sol est rigoureusement déneigé pour garder dégagées en tout temps des marques sur l’asphalte qui permettent d’identifier les conteneurs.


Deux entrepôts d'Empire sont alignés le long du
bassin Bickerdike, au fond duquel accoste le
CTMA Vacancier, en été.

Suivez le guide !

Notre guide, Don Scardochio, nous fait visiter les trois vastes entrepôts qui occupent la superficie de plus de 300 000 m2 de la jetée Bickerdike. Le directeur des opérations en connaît les moindres recoins; il a débuté chez Empire à 20 ans, après un bac en psychologie à l’Université McGill, en fabriquant des palettes comme travail d’été, avant de poursuivre ses études. Il n’est jamais reparti.

L’entrepôt situé près des quais du bassin Bickerdike abrite les voitures neuves provenant de l’Ontario et destinées aux concessionnaires de Terre-Neuve, ainsi que celles des passagers qui montent à bord du CTMA Vacancier en direction des Îles-de-la-Madeleine.


Anode de cuivre

Un autre entrepôt reçoit des anodes de cuivre en provenance du Chili, livrées environ une fois par mois par navire, et qui finiront leur voyage par camion jusqu’à l’Affinerie CCR de Glencore, dans l’est de Montréal, la seule du genre en Amérique du Nord. « Chaque plaquette pèse 750 livres », dit Don Scardochio. Il faut un camion de quatre essieux pour transporter 100 plaquettes. Pas vraiment un travail de dentelle.


Ces roulottes attendent le navire d'Oceanex. Elles
prendront bientôt la route des vacances des familles
terre-neuviennes­.

 

Le troisième entrepôt sert de rangement pour les équipements de levage d’Empire : câbles d’acier, chaînes, poutres, etc. Tout l’équipement est certifié chaque année. On ne lésine pas sur la sécurité maritime. Terminé, le temps où les débardeurs travaillaient sans casque !


Des rails de chemin de fer provenant de
Pologne seront acheminés vers le Manitoba sur
un train spécial capable de transporter de la
marchandise de cette longueur.

 

Entreprise familiale

C’est Sam Chodos qui serait fier de l’entreprise qu’il a fondée il y a plus de 80 ans. « Mon grand-père a quitté son village de Lituanie, où il mourait de faim », raconte Andrew Chodos, l’actuel président et chef de la direction. À Montréal, le jeune Lituanien a fait tous les métiers avant d’ouvrir une taverne où venaient se détendre les débardeurs et les marins. « C’est comme ça qu’il s’est intéressé au transport maritime et qu’il a fondé l’entreprise, grâce à une nouvelle façon de charger le grain qu’il avait imaginée. » Son idée était bonne !


Andrew Chodos, président et chef
de la direction de Empire

Le père d’Andrew, Ted, reprend les rênes d’Empire en 1975, et il étend ses activités au transport maritime mondial, un travail que perpétue le troisième Chodos. Aujourd’hui, l’entreprise est présente dans neuf ports majeurs d’Amérique du Nord, aussi loin que Houston. Un dauphin est déjà en place pour prendre la succession, le temps venu : Matthew, son neveu de 26 ans, le fils de Roberta Bonnie Chodos, travaille déjà dans l’entreprise familiale comme surintendant de navires.

Oceanex

Le client le plus assidu d’Empire Stevedoring, c’est Oceanex, le transporteur maritime terre-neuvien, dont les navires font la liaison avec le port de St-John’s deux fois par semaine. Son navire roulier, le MV Cabot, et son porte-conteneurs Oceanex Avalon transportent environ 40 % de tous les biens nécessaires à la population de Terre-Neuve-et-Labrador, soit 514 500 personnes. « En 2010, Oceanex a été décrété service essentiel », dit Daniel Bélisle, premier vice-président, en poste à Montréal.


Daniel Belisle, premier vice-président
d'Oceanex, en poste à Montréal.

 

Oceanex est un joueur important, à Terre-Neuve, avec 400 employés, 4 navires, 2 500 conteneurs et la gestion de 2 terminaux, à St. John’s et à Corner Brook. Son président, le capitaine Sid Hynes, est un personnage coloré. Capitaine à la retraite, il a accepté le fauteuil de la présidence à la condition de pouvoir former un consortium et d’acheter l’entreprise, qui était propriété publique. Ce qui fut fait en 2007, au coût de 230 millions de dollars.

La réputation de l’entreprise n’est plus à faire : en février 2012, elle a été reconnue comme l’une des 50 entreprises les mieux gérées au Canada, un prix prestigieux remis par Deloitte, CIBC, le National Post et Queen’s School of Business.


L'Oceanex Avalon fait son entrée au bassin
Pointe-du-Moulin, chargé de conteneurs.

Le 24 octobre dernier, un navire flambant neuf a pris la relève du MV Cabot et a navigué pour la première fois sur les eaux du Port de Montréal : l’Oceanex Connaigra, un navire de fabrication allemande, mis à l’eau le printemps dernier. Avec ses 210 mètres de long, il devient le plus grand navire porte-conteneurs roulier canadien. Un roulier est un navire équipé de deux rampes d’accès qui permettent à des charges comme des automobiles d’entrer sur le navire et d’en sortir. On les appelle familièrement des « RO-RO », expression qui vient de l’anglais « Roll in – Roll out ».
 


L'Oceanex Connaigra.

Merveille de polyvalence, le Connaigra peut transporter des conteneurs mesurant de 20 à 53 pieds, ainsi que des camions, des remorques, des automobiles et du cargo surdimensionné. Par ailleurs, grâce à ses lignes profilées, il consomme 30 % moins de carburant que des navires de port en lourd comparable. De plus, son traitement innovateur de désulfurisation des gaz rejetés lui permet de se conformer aux exigences environnementales qui entreront en vigueur en 2015.