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DOSSIER : SÛRETÉ ET SÉCURITÉ PORTUAIRES

Inspection du fret : Progrès sur différents fronts

Quand on considère le fait que, année après année, près de 90 % des marchandises importées et exportées transitent sur la planète dans quelque 500 millions de conteneurs d’expédition, on comprend l’énormité de la tâche consistant à s’assurer que seules les marchandises légales parviennent aux ports.


 

Les expéditeurs ont réalisé d’énormes progrès en matière de manifestes de cargaison avant le départ d’un navire, et de scellement de fret pour protéger les conteneurs inspectés contre les intrusions. Toutefois, il faut encore et toujours demeurer vigilant, par souci de prévention.

À l’instigation de la Commission du 11 Septembre, le Congrès américain a demandé à ce que tous les conteneurs maritimes fassent l’objet d’une inspection. Un défi de taille ! Actuellement, seul un petit pourcentage des 15 millions de conteneurs scellés arrivant annuellement aux ports maritimes américains sont inspectés. Cette exigence aura certainement des répercussions pour le Canada, qui collabore avec les États-Unis à la simplification et à l’accélération du transport des marchandises en inspectant les conteneurs une seule fois pour les deux pays.

Jusqu’à présent, le défi s’expliquait par le fait que la technologie utilisée (essentiellement le compteur Geiger et les rayons Gamma) ne peut traverser les substances denses, comme le béton et le tungstène, utilisées pour contenir et dissimuler les matières nucléaires ou radiologiques. L’autre problème, c’est que les techniques fondées sur les radiations ne peuvent être utilisées pour l’inspection des aliments, des plantes et des animaux.

Équipement sans radiations

Or, une nouvelle technique conçue au laboratoire national de Los Alamos en 2005, et mise au point en partenariat avec le secteur privé, devrait permettre de détecter les menaces dissimulées derrière des matériaux denses, sans recours aux radiations. Cette technique permet aussi un mouvement rapide du fret, car l’inspection d’un conteneur d’expédition ordinaire d’une longueur de 40 pieds n’exige que 30 secondes en moyenne.


Le système d'inspection passive en transport multimodal utilise un logiciel
qui détecte les "muons".

Le Système d’inspection passive en transport mutimodal (Multi-Mode Passive Detection System, MMPDS) présenté par la société Decision Sciences International Corporation (DSIC), fonctionne selon un principe unique. « Nous avons élaboré un logiciel qui détecte des particules associées au rayonnement cosmique appelées muons, présents naturellement dans les couches supérieures de l’atmosphère. Les muons parviennent sur Terre sans présenter de danger », explique Stanton Sloane, président-directeur général de DSIC. « Ces muons à haute énergie peuvent traverser n’importe quoi, y compris le béton, le tungstène et les autres matières denses utilisées pour dissimuler l’uranium ou le plutonium. C’est l’angle auquel ils pénètrent les matériaux denses qui permet à nos appareils de détecter les menaces nucléaires et radiologiques automatiquement. »

L’appareil allume un voyant lumineux vert (absence de danger) ou rouge (présence de danger), ce qui aide à accélérer l’inspection du fret, en abolissant la nécessité d’observer le contenu du conteneur à l’écran pour porter ensuite un jugement. Si l’appareil émet une alerte, il recourt à ses capacités de détection des muons pour produire une image tridimensionnelle de l’objet représentant une menace pour permettre sa localisation, son évaluation et son élimination.

Parfaitement évolutifs, les scanners peuvent être configurés pour l’inspection des petits bagages, ou être construits assez grands pour la vérification des chargements des camions gros porteurs. « Le fonctionnement du scanner est relativement simple, ajoute Stanton Sloane. En fait, c’est le logiciel qui accomplit la tâche. » Le prix de l’appareil varie en fonction de la taille et de la configuration, mais il se compare à celui de la technologie des rayons X.

Un tel appareil est en exploitation au poste de douane du terminal à conteneurs de Freeport aux Bahamas depuis 2012, et d’autres acquisitions sont envisagées. « Comme l’appareil n’émet aucune radiation, il peut être installé partout où des gens accomplissent les tâches nécessaires à l’expédition de marchandises, dit Stanton Sloane. Le scanner est sans danger pour les aliments, les plantes et les animaux. »

La phase suivante, presque achevée, permettra à la nouvelle technologie de détecter aussi la contrebande. « En recoupant les données obtenues des muons pénétrants et les informations tirées des électrons, créés eux aussi par les rayons cosmiques dans l’atmosphère, mais ne pouvant traverser toutes les matières, nous sommes en mesure de détecter non seulement les matières nucléaires et radiologiques, mais aussi les stupéfiants, les produits chimiques et les explosifs, lance le pdg de DSIC. Nous venons tout juste de réaliser des essais avec le Département américain de la défense et nous prévoyons déployer le nouveau logiciel à Freeport, au cours des mois à venir. »

Surveillance du transbordement

Pendant ce temps, la société Sandia National Laboratories à Albuquerque au Nouveau-Mexique a effectué des tests sur un énorme scanner à radiations qui rendra encore plus difficile la contrebande de matières radiologiques sous forme de fret transbordé d’un navire à un autre.

Le Mobile Radiation Detection and Identification System (MRDIS) (Système mobile de détection et d’identification des radiations) est « assez gros pour laisser passer un camion transportant des conteneurs d’expédition » facilement pendant qu’il est en route vers un deuxième navire, affirme Greg Stihel, membre du personnel technique du département de l’assurance des systèmes et des missions de Sandia.

La possibilité de tout simplement déplacer la marchandise à travers le scanner évite les retards coûteux. Les ingénieurs de Sandia ont conçu l’appareil en réponse aux recommandations de la National Nuclear Security Administration concernant la deuxième ligne de défense. Il s’agit d’inspecter les conteneurs de transbordement pour combler une grave lacune potentielle en matière de sécurité.

Deux prototypes ont été mis au point en 2006, puis testés sur le terrain à Oman, où les exploitants portuaires ont aidé les ingénieurs à peaufiner les méthodes. La National Nuclear Security Administration a alors commandé douze scanners. Le premier a été produit deux années plus tard (un MRDIS de seconde génération). Le Pacific Northwest National Laboratory (PNNL) et la société DRS Technologies de Cincinnati ont conclu un partenariat avec Sandia pour intégrer les équipements supplémentaires.

Les opérateurs de l’appareil peuvent être postés sur les côtés, devant les véhicules, pendant que ces derniers traversent le scanner en son centre, ce qui leur permet de concentrer toute leur attention sur l’écran de l'ordinateur, plutôt que de conduire ou d’être assis dans un camion décrivant des allers-retours pour assurer un balayage complet.

Les quatre premiers appareils MRDIS ont été livrés à Panama en novembre 2012. Quatre autres ont subi les tests préalables à la livraison finale à Oman en mars dernier.


Le capteur à radio fréquences de TiaLinx est capable de détecter le
moindre souffle humain.

 

Capteurs de respiration

Chez TiaLinx Inc. à Newport Beach en Californie, on a mis l’accent sur un capteur à radiofréquences capable de voir à travers les parois d’acier et de détecter le moindre souffle humain. Le dispositif peut être monté sur des grues qui chargent et déchargent le fret et détectent les personnes éventuellement cachées dans un conteneur, qui tentent de pénétrer dans un pays à des fins terroristes ou de faire passer des clandestins.

« TiaLinx s’emploie à la mise au point de technologies servant à la protection des frontières, entre autres à l’inspection à distance des conteneurs de fret afin de contrer le trafic d’êtres humains, dit le CEO Fred Mohamadi.

On se sert de rayons de radiofréquences ultralarges et ultrasensibles pour pénétrer les parois et détecter la présence d’êtres humains, en captant le moindre signe de respiration. Un groupe de capteurs sans fil légers permet aussi de surveiller une séquence à distance pendant des périodes prolongées, tout en transmettant les données vers une station de contrôle qui peut prendre la forme d’un simple ordinateur portable.

Voilà quelques-unes seulement des technologies nouvelles et émergentes qui permettent aux ports et aux communautés qu’ils desservent dans le monde entier de fonctionner de façon de plus en plus sécuritaire. Comme nous le savons, la technologie ne cesse d’évoluer.