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VOISINS DU PORT

andré duquenne: retour au point d'origine

André Duquenne habite rue de la Commune, au coin de McGill, dans le Vieux-Montréal. Les fenêtres qui donnent sur le fleuve lui offrent le spectacle de l’arrivée des navires de croisière à la gare maritime Iberville.


André Duquenne a débarqué sur le quai Alexandra, au Port de Montréal, il y a 53 ans,
en provenance du Port du Havre, en France. Il habite toujours Montréal et il est un voisin du Port.

« Chaque fois que je vois un navire accoster, je me revois arriver. C’était le 29 mai 1962 et j’avais 24 ans », raconte cet énergique Québécois d’adoption. En un sens, en revenant habiter en face du quai Alexandra, il y a trois ans, André Duquenne est revenu au point d’origine de son aventure en Amérique.

De retour de la guerre d’Algérie, ce pilote d’avion militaire, ne trouvant pas de quoi nourrir ses ambitions dans la France des années 1960, projette d’immigrer en Australie. Mais des amis qui reviennent du Canada lui vantent la belle vie qu’ils peuvent s’offrir là-bas. Il n’en faut pas plus pour convaincre André Duquenne et sa jeune épouse de s’embarquer sur le Saxonia de la compagnie Cunard. La traversée durera 11 jours. « Sur le navire, on se regardait et on se demandait ce qu’on avait fait là. Il fallait être fou : laisser ses parents, ses amis, tout ! On n’avait pour tout bagage qu’une malle en osier et 15 $ en poche. Et du Québec, de Montréal, on ne connaissait rien de rien! »


André Duquenne : "Cette carte postale illustre le mieux le tournant
radical que j'ai pris après la guerre d'Algérie. Ce navire, majestueux pour
l'époque, est le Saxonia de la ligne maritime Cunard. Quand je le regarde,
je me revois y monter en mai 1962, le coeur battant, pour traverser
l'Atlantique et émigrer avec ma toute nouvelle épouse."

Tout le dépayse, tout lui paraît immense : « Le fleuve Saint-Laurent est si grand que les fleuves européens ont l’air de simples rivières. Je nous croyais encore en pleine mer, alors qu’on était déjà bien avancés dans le Golfe. »

Pari gagné!

Enfin, il débarque à la gare maritime Iberville, à la jetée Alexandra, en ce mardi 29 mai 1962. Ce sera le coup de foudre entre André Duquenne et le Québec.

Pourtant, les choses partent mal. Il apprend, en arrivant, qu’il ne pourra exercer le métier de pilote d’avion, contrairement à ce qu’on lui avait promis.

Qu’importe! Le jeune Français se tourne vers son métier de machiniste. À la grande table du ministère de l’Immigration dressée dans la gare maritime, on lui donne deux adresses d’usines où il pourrait exercer son métier. La deuxième sera la bonne. Le jeune immigré propose à son futur patron de le prendre à l’essai pendant une semaine sans salaire. Au bout de deux jours, il est engagé. Il a gagné son pari !


Le jeune Français avait 24 ans, de la détermination
et de l'énergie à revendre.

Peu de temps après, le couple peut troquer la petite chambre de la rue Saint-André qu’il louait 5 $ par semaine pour un meilleur logement. Travailleur infatigable, bien décidé à améliorer son sort, André Duquenne retourne aux études : une formation en mécanique et une autre en administration des affaires, suivie d’une maîtrise en administration publique et d’un brevet d’enseignant. Il a enseigné, travaillé comme designer industriel chez Domtar, et aussi à la commission scolaire de la Seigneurie des Mille-Îles, où il a fini au poste de directeur. « Je bouge beaucoup », dit-il simplement. Et comment !


Débarqué à Montréal un mardi, André Duquenne est entré
au boulot le lundi matin suivant, chez Arell, en qualité de
machiniste spécialisé dans la fabrication de pièces de précision.

Puis, André Duquenne se tourne vers le financement d’entreprises, notamment chez Innovatech Grand Montréal, où il se hisse au poste de vice-président senior, puis chez T2C2capital à titre de vice-président Technologies avant de lancer sa propre entreprise, T2ic, en 2004. « J’ai contribué au démarrage d’une soixantaine d’entreprises au Québec », dit-il fièrement.

Ce voisin du Port de Montréal prendra sa retraite complète cette année, à 77 ans (qu’il ne fait pas du tout, d’ailleurs). Gageons qu’il trouvera de quoi s’occuper, lui qui adore la pêche et la grande nature.

Chose certaine, il n’est pas près de déménager : « J’adore vivre dans le Vieux-Montréal! Je fais du jogging et du vélo le long de la voie maritime, des écluses, du canal Lachine, près du fleuve et des navires. Le Vieux-Montréal regorge de bons restaurants. On y trouve toutes les cuisines. C’est mieux qu’à Paris ! »


André Duquenne : "Cinq ans après notre arrivée, nous devenons propriétaires d'une maison en banlieue
de Montréal et je conduis ma première voiture américaine, une Chevrolet. La même année, je deviens enfin
citoyen canadien. Mon rêve américain est devenu réalité."