Commercer avec le monde

BALISE

Le projet Avontuur à Montréal

Sous l’arbre de Noël, cette année, certains présents importés de France porteront peut-être le label « Importé à la voile ».


 

C’est qu’ils auront fait le trajet à partir de La Rochelle, sur la côte ouest de la France, jusqu’au port de Montréal à bord d’un voilier propulsé par le vent et le soleil, grâce à ses voiles, à deux petites éoliennes et à des panneaux solaires. Pas une goutte de pétrole n’aura été nécessaire à l’importation au Canada de ces produits, et ils seront certifiés carbone neutre.

Les cales du voilier marchand Avontuur peuvent renfermer l’équivalent de quatre conteneurs de marchandises. En octobre dernier, la goélette a livré à Montréal 6 500 bouteilles de champagne Nicolas Feuillatte pour la Société des alcools du Québec, des tissus pour le Cirque du Soleil, des vêtements pour les magasins Simons, ainsi que des produits d’artisans français.

L’aventure de l’Avontuur s’inscrit dans l’effort que fait l’industrie du transport maritime pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et son empreinte environnementale en général. Déjà, le transport par navire est de loin le moins polluant, comparé au transport aérien et terrestre. Néanmoins, les normes internationales de navigation qui favorisent le respect de l’environnement se resserrent, et de nombreux acteurs ont décidé de faire leur effort, aussi bien les armateurs et les opérateurs de terminaux que les ports, les importateurs et les exportateurs.


 

Le capitaine Heiner Max Kucz

Plusieurs organisations se donnent volontairement des objectifs. Par exemple, en France, le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) souhaite réduire de 25 % l’impact carbone d’une bouteille de champagne d’ici 2025. D’où le choix de la plus importante coopérative champenoise, Nicolas Feuillatte, d’exporter ses bouteilles par voilier.

C’est la maison de négoce montréalaise Portfranc Logistique qui a organisé ce projet pilote avec l’Avontuur, et grâce, notamment, au soutien financier du gouvernement du Québec. Sa mission : fournir des services de transport décarboné, sur terre et en mer, pour accélérer le déploiement local et transcontinental d’un transport durable. Clément Sabourin, fondateur de Portfranc Logistique avec Fabien Loszach, est fier d’avoir osé ce premier pas : « Il y aura d’autres traversées de l’Avontuur, en attendant les super-voiliers. »

Il se fait énormément de recherche de par le monde pour construire des navires propulsés par une énergie propre. Un exemple : un groupe d’anciens ingénieurs d’Airbus, le fabricant d’avions français, ont mis au point une aile volante qui, attachée à un gros navire de commerce, permettrait de faire économiser 20 % de mazout. Une solution à la fois écologique et économique.


L'équipage est composé de seize membres, six marins d'expérience
et dix stagiaires, de sept nationalités différentes.

Les ingénieurs d’AirSeas, leur entreprise de recherche, ont un atout de taille avec l’apport d’une technologie développée par Airbus : les commandes de vols électriques. Une modélisation informatique permet à l’ordinateur d’anticiper les réactions de l’avion. Les ingénieurs s’emploient à transférer cette technologie à la conception d’une voile de 1 000 m2 qui tractera les navires. Un premier test est effectué cet automne. L’an prochain, les trois navires Airbus, chargés de convoyer les tronçons d’avions entre les sites de production, seront les premiers à tester le système.

L’Avontuur, une goélette construite en 1920, a été complètement rénovée en 2016. Son port d’attache est Hambourg, en Allemagne. Elle met environ 60 jours pour traverser l’Atlantique entre Larochelle et Montréal, et environ 30 jours pour faire le chemin inverse, avec la faveur des vents dominants.

Elle a repris la mer en direction de Larochelle le 19 octobre dernier. Son équipage est composé de seize membres, six marins d’expérience et dix stagiaires, de sept nationalités différentes : canadienne, française, italienne, espagnole, danoise, allemande et polonaise.

Visionnez la vidéo du départ de l’Avontuur pour la France :