Commercer avec le monde

POINT DE VUE

Greta Marini

Conseillère stratégique et coordonnatrice du réseau des Port Centers
AIVP, l'Association internationale des villes portuaires
www.aivp.org

À quoi servent les Port Centers


Greta Marini, conseillère stratégique et coordonnatrice du réseau des Port Centers

Greta Marini dirige le Port Center Network, une initiative qui émane de la rencontre de l’AIVP avec les Port Centers d’Anvers, de Rotterdam et de Gênes. Depuis, l’AIVP dont la mission consiste à améliorer la cohabitation entre les ports et les villes, a décidé de promouvoir cet outil d’intégration ville port au sein de son réseau mondial.

Les Port Centers offrent la possibilité unique de mieux appréhender les activités portuaires ainsi que les questions concernant la mondialisation et le développement économique. Ce sont également des lieux formidables pour engendrer des opportunités d’échanges et de dialogues entre acteurs publics, professionnels et citoyens.

Montréal, ainsi que cinq autres villes portuaires (Anvers, Ashdod, Gênes, Le Havre, Livourne), qui possèdent un Port Center ou qui projettent de s’en doter, ont ratifié la Charte des Missions d’un Port Center de l’AIVP en 2014. Cette année, cinq autres ratifications sont en cours de discussion : La Guadeloupe, Dublin, Houston, Dunkerque, Transnet South Africa.

La Charte définit en dix points les défis et objectifs fondamentaux des Port Centers : expliquer le port, promouvoir les métiers portuaires, animer le port, vivre le port de l’intérieur, apprendre avec le concept de l’édutainment, s’adapter au public, engager la Communauté portuaire, développer son Port Center en synergie avec les acteurs patrimoniaux et culturels du territoire, favoriser l’échange d’expériences.


Pourquoi perçoit-on souvent une incompatibilité et une incompréhension entre les résidents d’une ville et leur port ?

Les villes portuaires ont toutes quelque chose en commun : leur histoire est intimement liée à la naissance de leur port. Dans le passé, les habitants étaient au cœur de l’action portuaire et maritime. Avec l’arrivée du conteneur et surtout avec la mise en place d’une réglementation de sûreté et de sécurité de plus en plus contraignante, le port est devenu un objet abstrait, méconnu et inaccessible. Aujourd’hui, les citoyens voient surtout les contraintes que l’activité portuaire leur impose : congestion due à un trafic de poids lourds, un accès à l’eau limité, des problèmes de nuisances à proximité des terminaux, etc… Et pourtant, les ports sont des acteurs économiques majeurs du territoire. Ce sont également des interlocuteurs indispensables pour toute la chaîne logistique des biens de consommation et pour l’approvisionnement en matières premières. Cette réalité-là est bien souvent totalement méconnue et elle engendre un refus qui peut se résumer de la façon suivante : ce que l’on ne connaît pas, on ne le peut pas aimer.

Que font les ports et les villes pour mieux cohabiter ? Plus précisément, qu’est-ce que les ports doivent réaliser pour améliorer leurs rapports avec les villes ?

Cette question, qui est au cœur des problématiques débattues lors des conférences de l’AIVP, revient sans cesse au premier plan. Il est important de considérer le territoire Ville Port comme un ensemble. Pour cela il est capital que tous les acteurs, c’est-à-dire les collectivités locales, les autorités portuaires et la communauté économique, collaborent pour garantir une vision globale et cohérente qui puisse s’appuyer sur la mutualisation des moyens et des infrastructures. Mais la collaboration ne doit pas s’arrêter là. Aujourd’hui, il s’agit également de s’ouvrir aux habitants et aux citoyens. Plus que jamais, il faut en faire des citoyens portuaires, conscients des enjeux présents et à venir. Il est également indispensable de sensibiliser à nouveau les jeunes aux métiers du secteur maritime et portuaire, qui peine aujourd’hui à recruter. Pourtant les métiers liés à ces activités sont innombrables si l’on compte également les services liés à la logistique, l’industrie, la finance, la croisière, etc.

Entretenir des rapports avec la communauté fait partie de la responsabilité sociétale de toute entreprise. Pourriez-vous nous donner quelques bons exemples à l’international de relations entretenues par des ports avec leurs communautés ?

Il faut reconnaître qu’en termes d’actions de responsabilité sociétale, les ports américains ont pris une longueur d’avance. Les réseaux sociaux font partie, depuis plus de 10 ans, de leurs outils de communication pour engager le dialogue avec les différentes communautés vivant à proximité du port. Le Port de Long Beach propose des Conseils d’administration ouverts au public. De nombreux ports proposent des outils pédagogiques à destination des écoles et des enseignants. Si l’on veut davantage pérenniser cette action d’intégration sociétale et préparer les générations à venir, la mise en place d’un Port Center nous semble un outil formidable.

On parle beaucoup, par les temps qui courent, de « Port Centers ». En juin 2014, le Port de Montréal a ratifié la Charte des Missions d’un Port Center durant les Journées AIVP, qui se sont tenues en même temps que l’assemblée générale de l’Association internationale des villes portuaires à Gênes. Plus récemment, le Port de Montréal a proposé un projet de restauration de la jetée Alexandra  et de la gare maritime Iberville qui comprendrait, entre autres, un centre d’interprétation interactif.

a) Qu’est-ce qu’un Port Center?  b) Quel rôle joue-t-il ?

Le Port Center est un espace dédié à une meilleure compréhension du port et de ses enjeux. Il offre à la population l’opportunité de découvrir ce territoire souvent méconnu à travers des expositions fixes et temporaires, des programmes de médiation et des visites de terrain. Il a comme vocation de fédérer l’ensemble des acteurs de la ville portuaire autour d’un message commun, qui est celui du développement durable et de la transparence. Le Port Center joue donc un rôle indispensable, via une approche de type « édutainement » (education + entertainment) particulièrement favorable à l’engagement du dialogue avec le public quel qu’il soit : institutions scolaires, étudiants, touristes, seniors, etc.

Pouvez-vous donner des exemples de Port Centres remarquables ?

Havencentrum Lillo à Anvers, ainsi que EIC Rotterdam font partie des Port Centers historiques avec plus de 25 ans d’expérience. Ils s’adressent avant tout à un public scolaire et à des jeunes en formation. Chaque Port Center a ses spécificités et doit naturellement tenir compte de son contexte local. Ainsi, les Port Centers nouvellement créés tels que celui de Gênes (2009) et du Havre (2013) ont décidé de s’ouvrir également aux familles, aux personnes de passage et aux touristes, tout en continuant un travail spécifique à l’attention des scolaires. Les exemples du Visitor Center du Port d’Ashdod (2010), en Israël, et de l’Educational Information Center du Port de Melbourne (2006) sont tout aussi intéressants. Ashdod accueille près de 45 000 visiteurs par an, dont 80 % de scolaires.

Quels éléments le Port de Montréal doit-il prendre en considération dans l’aménagement de son Port Center ?

Le Port de Montréal doit veiller à ce que son Port Center devienne un lieu qui reflète la réalité portuaire de son territoire. Il s’agit de comprendre et d’échanger pour que le citoyen de la ville portuaire dispose des clés pour comprendre le port. En se l’appropriant, il deviendra son meilleur défenseur !