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POINT DE VUE

Paul Pathy, président et codirecteur général de Fednav


Paul Pathy, président et codirecteur
général de Fednav

La transmission d’une génération à l’autre

Le Groupe Fednav est le plus important transporteur océanique de vrac solide au Canada. Il procède régulièrement à ses opérations de chargement et de déchargement au Port de Montréal. Cette entreprise familiale assume depuis longtemps son rôle de chef de file en matière d’environnement dans le secteur maritime.Par exemple, tous ses navires sont spécifiquement conçus et construits avec les technologies et l’équipement de pointe qui permettent d’atteindre une efficacité énergétique supérieure et qui assurent la protection de l’environnement.

PortInfo s’est récemment entretenu avec le président et codirecteur général de Fednav, Paul Pathy, pour mieux connaître le point de vue de l’entreprise sur les questions environnementales.

Comment fednav perçoit-elle ses responsabilités en matière environnementale?


 

À titre d’entreprise familiale multigénérationnelle, il ne fait aucun doute que l’honnêteté et l’intégrité figurent en tête de liste de nos valeurs fondamentales, et il nous apparaît très important de faire les choses correctement. On nous a toujours appris à ne pas faire les choses à moitié, si bien que lorsque nous avons pris conscience des enjeux environnementaux, surtout au cours de la dernière décennie, nous nous sommes mobilisés rapidement pour assumer nos responsabilités à cet égard. D’ailleurs, en tant que papa d’un petit bébé et d’une fillette, je tiens à ce que mes enfants aient droit à un bel avenir, et cela passe nécessairement par la santé et la pérennité de l’environnement.

À quel moment Fednav a-t-elle véritablement pris conscience de la nécessité de se préoccuper des enjeux environnementaux?

Ça remonte à la fin des années 80, alors que tout un chacun a commencé à prendre conscience des graves problèmes liés à l’intrusion d’espèces envahissantes au Canada par les eaux de ballast. Peu de temps après, j’ai commencé à prendre part aux activités de Fednav, et j’ai été de ceux qui se sont tout de suite intéressés aux démarches à privilégier pour enrayer ce problème. Aidés d’experts scientifiques, nous avons investi dans des technologies de nettoyage des caisses de ballast. Mais aucune d’entre elles ne s’est avérée pleinement satisfaisante. C’est pourquoi les armateurs et les opérateurs maritimes canadiens ont alors adopté volontairement la pratique d’évacuation systématique des citernes de ballast en plein océan, avant que le navire océanique n’intègre les eaux canadiennes. On estime qu’une telle pratique (désormais régie par les lois canadiennes) connait un taux de réussite de 98 %.

Que fait Fednav, concrètement, pour réduire son empreinte écologique?

Fednav fait tous les efforts possibles pour améliorer le rendement du carburant et, du coup, réduire les émissions atmosphériques. Résultat : depuis 1990, nous avons réduit de plus de 45 % le niveau des émissions associées au transport d’une tonne de marchandises sur une distance d’un mille. Ces améliorations sont la conséquence directe d’investissements importants pour équiper nos nouveaux navires de systèmes de propulsion plus écologiques, et d’autres dispositifs axés sur l’efficacité.

Nous sommes toujours à l’affût de nouveaux moyens de réaliser des économies de carburant et de réduire les émissions. À titre d’exemple, nous avons mis au banc d’essai un nouveau logiciel pour aider les capitaines de navires à tirer profit des marées du fleuve Saint-Laurent. Conçu par le centre de recherche appliquée Innovation maritime lié à l’Institut maritime du Québec, ce logiciel précise la position et le moment propice pour que le navire bénéficie de façon optimale de la poussée naturelle des eaux, ce qui contribue au final à réduire l’utilisation de carburant ainsi que les émissions de gaz à effet de serre.

Quelle est votre définition de la responsabilité sociale d’entreprise?

C’est d’opter pour des solutions durables à la fois pour l’environnement et pour l’entreprise. Par exemple, lorsque Fednav parvient à réduire la consommation de carburant à l’aide de moteurs plus écoénergétiques, non seulement l’entreprise réussit-elle à réduire ses émissions atmosphériques, mais elle y gagne également en diminuant ses charges d’exploitation et en améliorant ses bénéfices nets.

De quelle manière la responsabilité sociale d’entreprise se concrétise-t-elle chez Fednav?

Nous veillons à bien définir par écrit nos valeurs et notre orientation, et à les appliquer dans le cadre de nos décisions et de nos actions auprès de nos employés, de nos fournisseurs, de nos clients et du public. C’est notre engagement à l’égard de la collectivité et de l’environnement qui sous-tend la valeur fondamentale de notre responsabilité sociale d’entreprise.

Nous sommes résolus à faire tout en notre pouvoir pour protéger l’environnement dans le cadre de nos activités commerciales. L’environnement serait de toute évidence plus vierge sans moyens de transport ! Mais il s’agit là d’un concept qui n’est pas réaliste : les gens ont besoin des marchandises que nous leur livrons.

Quelle approche avez-vous retenue pour concrétiser vos valeurs fondamentales?

Nous cherchons à assumer notre rôle de chef de file dans le cadre de tous nos échanges, et l’une de nos principales préoccupations tient à la préservation de l’industrie dans son ensemble. Nous sommes effectivement conscients des responsabilités que suppose notre statut de plus importante société internationale de transport maritime dans la région du Saint-Laurent et des Grands Lacs : les gens s’attendent à ce que nous prenions les devants et nous considèrent comme des moteurs du changement. Et c’est un rôle que nous assumons fièrement à titre de leaders.

Quel est le défi le plus important qui guette votre industrie à l’heure actuelle?

La réduction des émissions. L’efficacité énergétique des navires surpasse considérablement celle des camions ou des trains; c’est très bien et nous devons promouvoir davantage cet avantage. Mais il n’en demeure pas moins que nous pouvons encore améliorer notre performance environnementale. Je dirais même que l’amélioration continue s’avère essentielle.

Quelles sont vos préoccupations à l’égard du transport maritime dans l’Arctique, notamment dans le cadre du Plan Nord au Québec?


 

L’Arctique représente un environnement encore vierge, et il faut s’assurer de préserver cela. Fednav est très impliquée dans l’Arctique, puisque nous sommes la seule compagnie maritime à rapporter des marchandises en provenance de l’Arctique canadien. Nous pensons qu’il faut absolument se doter rapidement d’un code polaire ou d’une forme de réglementation sous les auspices de l’Organisation maritime internationale, pour rehausser les normes de navigation dans l’Arctique. Le seul moyen de réduire au minimum les risques pour l’environnement et la sécurité consiste à définir les normes les plus rigoureuses qui soient. Elles contribueront à préserver le contrat social essentiel au commerce, dont dépendent les sociétés chevronnées qui, comme Fednav, cherchent à poursuivre et à accroître leurs activités maritimes dans le Nord. Il s’agit là d’un volet d’une importance capitale à l’heure où les intérêts commerciaux se tournent de plus en plus vers l’Arctique.