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DOSSIER : SÛRETÉ ET SÉCURITÉ PORTUAIRES

Un plan intégré

À neuf heures pile, nous arrivons au terminal MGTP 62 de la Société Terminaux Montréal Gateway. Nous présentons notre carte d’accès du Port de Montréal devant le lecteur de carte d’accès et, miracle ! la porte des bureaux de MGTP s’ouvre !


 


Pourtant, comme nous sommes employés de l’Administration portuaire, notre carte ne nous donne normalement pas accès aux bureaux des opérateurs de terminaux. Cette manœuvre était planifiée : « Je ferai activer votre carte pour la durée de notre rencontre », avait précisé Frédéric Provost, le responsable de la sûreté chez MGTP, qui nous reçoit.

Toutes les personnes qui travaillent régulièrement sur le territoire du port de Montréal possèdent une telle carte d’accès : employés du port et des opérateurs de terminaux, débardeurs, camionneurs, etc. La carte, émise par l’Administration portuaire en fonction de la réglementation de Transports Canada, conduit à une vaste banque de données, à laquelle peut se brancher un partenaire comme MGTP. « Nous n’avons pas le même système de sûreté, mais nos systèmes se parlent. Notre organisation a ainsi le pouvoir d’activer et de désactiver les cartes et, du coup, de contrôler l’accès au terrain de MGTP, dit Frédéric Provost. C’est la beauté de la chose. Ça facilite grandement la collaboration pour assurer la sûreté au port. »


Félixpier Bergeron, Directeur de la sûreté et de la
prévention des incendies : "Il est important que tout le
monde se parle."

 

Collaboration extrême

La loi canadienne veut que chaque opérateur de terminal soit responsable d’assurer la sûreté sur le territoire qu’il occupe. Au Port de Montréal, Félixpier Bergeron, le directeur de la sûreté et de la prévention des incendies, leur a tendu la main en leur proposant un plan de sûreté intégré. Adopté en 2004 et mis à jour continuellement depuis, le plan du port de Montréal sollicite la collaboration de tous ses partenaires. «Pas moins de 28 organismes interviennent, directement ou indirectement, en matière de sûreté et de sécurité, chez nous. Il est important que tout le monde se parle ».

Tous ces intervenants se rencontrent donc régulièrement au sein du Comité de sûreté portuaire : les différents corps de police municipaux, provincial et fédéral, l’Agence des services frontaliers du Canada, Transports Canada, la Garde côtière, les services d’incendie et les opérateurs de terminaux. On y établit les mécanismes de surveillance et de contrôle ainsi que les plans d’intervention. Et on se donne un langage commun.

Sur le terrain, chacun a son rôle à jouer et tous sont complémentaires. Une anomalie, un incident, sont automatiquement relayés à tous les intéressés, selon des protocoles établis. « Notre système informatisé de rapport d’événements a une liste de distribution. Selon le type d’événement, l’information se rendra à la GRC, aux douanes, à Transports Canada, au Port de Montréal, etc. », explique Frédéric Provost.

Une équipe de prévention en incendie


Alain Arseneault, capitaine de port adjoint,
incendies et matières dangereuses.

Dans ce plan de sûreté intégré, l’Administration portuaire s’attribue un rôle de premier plan, joué principalement par l’équipe de patrouilleurs et de surveillants, ainsi que par l’équipe en prévention des incendies d’Alain Arseneault. Celui-ci, capitaine de port adjoint, incendies et matières dangereuses, est responsable du plan de mesures d’urgence du port. Il compte sur l’expertise de ses cinq inspecteurs en incendies, qui sont aussi techniciens en matières dangereuses et artificiers. Ayant complété des formations de pompier et de HAZMAT (Hazardous Materials), ils veillent en personne sur les déplacements des produits et des conteneurs de matières réglementées, partout sur le port. Avant de relâcher sur le réseau routier un conteneur qui transporte ces matières, ils soumettent le camion, ainsi que son chauffeur, à une inspection minutieuse.

Les inspecteurs en incendie sont aussi les premiers intervenants du port sur les lieux d’un incident, mineur ou majeurs. En contact direct avec le centre de contrôle du port, ils disposent de véhicules munis des équipements de communication, de détection et de premiers soins.

Ils disposent également d’un poste de commandement mobile capable de prendre la relève temporaire du centre de contrôle du port, si ce dernier devait être évacué. Le poste de commandement est équipé de postes de travail et de deux écrans, d’une caméra et d’une station météorologique. Utilisée sur les lieux des incidents, il permet une meilleure coordination des intervenants.


La barge d'incendie du Port de Montréal peut contenir cinq véhicules de pompier.

Le port possède aussi une barge d’incendie de 35 sur 135 pieds, pouvant contenir cinq véhicules de pompier, en cas d’incendie sur un navire. La barge est tirée par un remorqueur du Groupe Océan, un autre partenaire du Port. Quatre jours par année, les agents de prévention des incendies forment les pompiers de Montréal aux particularités d’une intervention sur un navire : on ne s’y déplace pas facilement et, dans ces structures de métal, le feu ne se comporte pas comme dans un édifice.

Le facteur humain

De son côté, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a mis sur pied l’Équipe nationale d’enquêtes portuaires (ENEP), présente dans quatre ports du Canada. Ils sont une quinzaine de policiers de la GRC assignés au Port de Montréal, et ils accueillent dans leurs locaux des agents de renseignement de la Sûreté du Québec et de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). Ces trois organismes travaillent main dans la main. Si les policiers ont le pouvoir d’arrêter des suspects, l’ASFC seule a le droit d’ouvrir un conteneur et de connaître précisément son contenu. « Le fait que nous soyons physiquement dans les mêmes locaux, avec ceux de l’Administration portuaire, favorise beaucoup la collaboration », disent Nelson Lévesque et Jacques Ambroise, caporaux enquêteurs de la GRC.

Le sergent Marc Moreau, de l’ENEP, organise régulièrement des rencontres pour faire le point avec tous les partenaires : les autres corps policiers, l’administration portuaire ainsi que les compagnies de chemin de fer CN et CP. Une vingtaine de personnes en tout. Nouvelles directives, projets, événements, incidents, tout y passe. « Ce qui est particulier, à Montréal, c’est la qualité de la communication. Il y a les rencontres de travail, oui, mais quand, en plus, on joue au hockey avec les gars de l’ASFC, par exemple, ça contribue forcément à renforcer les liens », dit Nelson Lévesque.

Tout le monde semble s’entendre sur ce point : « On se connaît tous personnellement et cela fait une différence », affirme Frédéric Provost, chez MGTP. « Nous aimons penser que nous sommes de bons partenaires », dit pour sa part Timothy Bowen, chef des opérations intérimaire, Service maritime et ferroviaire de Montréal, District St-Laurent, à l’ASFC.

L’approche collaborative adoptée par le grand patron de la sécurité au Port de Montréal, Félixpier Bergeron, donne le ton. Le directeur de la sécurité et de la prévention des incendies, préfère démontrer à ses partenaires les avantages qu’ils tireront d’une sécurité et d’une sûreté accrues, plutôt que leurs aspects contraignants.

Sûreté et sécurité au Port de Montréal : Fiche technique

  • Premier port canadien accrédité ISPS (International Ship and Port Security – Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires) en 2004.
  • Premier port au Canada à s’être conformé au Programme d’habilitation de sécurité en matière de transport maritime (PHSMTM) de Transports Canada.
  • Périmètre entièrement clôturé par des barrières de 2,5 mètres.
  • Plus de 350 caméras vidéo de surveillance sur l’ensemble du territoire, incluant Contrecœur, avec enregistrement de chacune des images.
  • Contrôles d’accès aux terminaux et aux bâtiments entièrement informatisés : accès par barrières et tourniquets et accès des usagers portuaires contrôlé par carte d’identité.
  • Centre de contrôle en service 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
  • Agents de sûreté et inspecteurs en prévention des incendies en fonction 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
  • Poste de commandement mobile à la fine pointe de la technologie.
  • Collaboration étroite avec la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec, le Service de police de la Ville de Montréal, le Service de sécurité incendie de Montréal, et l’Agence des services frontaliers du Canada.
  • Huit portails de détection des radiations, installés dans les terminaux par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).