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Les remorqueurs, les petits robustes du port de montréal


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À bord du remorqueur Océan Pierre-Julien, nous quittons la section 57 du Port, où est établi le quartier général d’Océan Remorquage Montréal.


La flotte d'Océan Remorquage Montréal loge à la section 57 du Port de Montréal, près de la rue Viau.

Le MSC Sena est un porte-conteneur de 200 mètres de long.

Notre mission : aider le MSC Sena à appareiller, c’est-à-dire à quitter le quai où il est amarré. Le porte-conteneur de 200 m de long sur 32 m de large, qui appartient au transporteur maritime italien MSC, s’apprête à quitter le Port de Montréal, chargé de 12 000 tonnes de marchandises, à destination du Port de Sines, au Portugal.

Aux commandes du remorqueur, le capitaine Maurice Harvey, le plus expérimenté de l’équipe, a à son actif 26 ans de pilotage à Montréal. Il y a quelques heures, le répartiteur d’Océan Remorquage, Luc Hétu, avait reçu une demande de service qu’il lui a transmise.


« Si je recommençais ma vie, je referais la même chose. Le travail en mer,
c'est la liberté », dit le capitaine Maurice Harvey, le plus expérimenté
d'Océan Remorquage Montréal.

L’équipage se résume à trois personnes : le capitaine, secondé par Marie-France Lacombe, matelote mécanicienne de petits bâtiments, et par l’apprenti Jeremy Grant. La manœuvre à effectuer en est une de routine. De plus, les conditions sont idéales : soleil, temps clair, vent léger, fleuve tranquille et visibilité excellente. Du bonbon ! « Ce qui rend les conditions plus difficiles, c’est principalement le vent. Surtout pour l’accostage », dit le capitaine.

David et Goliath


Le remorqueur et le porte-conteneur,
David et Goliath

Doucement, nous nous approchons de la proue, c’est-à-dire de l’avant du MSC Sena. Déjà, un autre remorqueur est positionné sur le flanc gauche du navire, à l’arrière. Il faudra le travail concerté de deux remorqueurs pour effectuer la manœuvre : d’abord, décoller le navire du quai. Puis, le faire pivoter sur 180 degrés pour l’orienter en direction est, vers laquelle il descendra le fleuve Saint-Laurent jusqu’à l’océan Atlantique.

Nous voilà à quelques mètres du navire qui, vu d’en bas, s’impose comme un mastodonte dans notre champ de vision.

 

 

Deux marins apparaissent sur le pont du MSC Sena. Ils hissent le câble que Jeremy leur envoie depuis le Pierre-Julien. Et voilà ! Le géant est attaché au petit remorqueur. Les débardeurs restés sur le quai larguent ses amarres. Le travail du Pierre-Julien peut commencer.

Le capitaine met en marche arrière le puissant moteur de 4 000 forces. Aussitôt, l’eau bouillonne et tourbillonne entre les deux navires. Le deuxième remorqueur – l’Océan Intrépide –, qui se trouve à l’arrière du MSC Sena, fait de même. Ensemble, ils tirent l’immense bâtiment. Les câbles sont tendus à l’extrême, au point d’en vibrer. « La seule chose à ne pas faire, en ce moment, c’est de se tenir sur le premier pont, là où est fixé le dévidoir du câble, » explique Jeremy Grant. En effet, explique le marin, le câble peut se rompre, claquer et blesser sérieusement le malheureux qui se trouve dans son chemin. Il faut connaître les risques du métier et prendre ses précautions.

Tout le temps que dure l’opération, le capitaine du remorqueur est en communication constante avec le pilote du Saint-Laurent qui, à bord du porte-conteneur, dirige les manœuvres et dicte les ordres : la direction à prendre et la puissance à donner au moteur du remorqueur.

Le navire est maintenant assez éloigné du quai pour que l’on puisse amorcer la manœuvre de retournement. L’Océan Pierre-Julien change son angle de traction.

Quant à l’Océan Intrépide, il va coller son nez contre le porte-conteneur pour le pousser. Une traction à l’avant et une poussée à l’arrière vont faire faire au navire un pivotement à 180 degrés. Les remorqueurs sont munis d’une sorte de parechoc tapissé de gros pneus pour éviter les frictions, les bris et les égratignures lorsqu’ils touchent les parois de métal des navires.

 

Une quinzaine de minutes suffisent à retourner le MSC Sena. Ça y est ! Sa proue pointe dans la bonne direction, celle de la mer !

L’équipage du MSC Sena détache le câble qui le relie au remorqueur. Jeremy, à bord du Pierre-Julien, le récupère.

Mission accomplie ! Le MSC Sena s’éloigne. Le colosse n’a plus besoin de plus petit que lui pour poursuivre sa route dans le chenal du fleuve Saint-Laurent. Le voyage outre-mer commence !

Un peu plus tard, à 18 h, le Pierre-Julien ira aider le Federal Katsura, de Fednav, à appareiller, chargé de grain. Puis, à 19 h, il ira aider un gros navire pétrolier à accoster. La manœuvre nécessitera trois remorqueurs.

 

 

 

 

 


Marie-France Lacombe, matelote mécanicienne de petits bâtiments

Le rôle du matelot

Marie-France Lacombe travaille depuis huit ans comme matelote chez Océan Remorquage Montréal, et elle est devenue mécanicienne de petits bâtiments il y a deux ans. À ce titre, elle est responsable de l’entretien de la salle des machines, située dans la cale du navire (le Pierre-Julien, sur la photo). Sur le pont, elle s’occupe des amarres. C’est une seconde carrière pour cette ancienne horticultrice qui aime le travail à l’extérieur. À bord du remorqueur, le rythme de travail est le suivant : trois jours consécutifs de disponibilité, à bord du navire, suivis de cinq jours de repos. Certains jours, l’équipage peut être appelé à travailler 18 heures d’affilée, selon les besoins des clients. 

Le rôle des remorqueurs dans le Port

Les remorqueurs sont petits mais extrêmement robustes. Ils ont des moteurs puissants et une carcasse très solide. « Ce sont les tracteurs de la mer », dit Philippe Filion, en charge des affaires publiques chez Groupe Océan. Le Pierre-Julien a un moteur de 4 000 forces, mais les plus forts sont dotés de moteurs de 8 000 forces. Ils sont équipés pour se frayer un chemin dans la glace très épaisse qui recouvre le fleuve Saint-Laurent, à Québec, pendant l’hiver. « L'hiver, à l’arrivée d’un navire, il faut tasser la glace pour lui permettre d’accoster. La glace qu’on a eue, cette année, on n’avait pas vu ça depuis 20 ans ! », dit le capitaine Harvey. Les remorqueurs sont aussi équipés de puissants canons à incendie et prêts à intervenir au cas où un feu se déclarerait sur un navire ou aux abords de l’eau.

Les remorqueurs offrent également aux navires des services de ravitaillement, ainsi que des services d’assistance aux navires en difficulté. De plus petits bateaux font le taxi pour amener et ramener les pilotes du Saint-Laurent à bord des navires qui empruntent le chenal du fleuve.

Le Groupe Océan possède 33 remorqueurs, dont 5 au Port de Montréal. Le reste de la flotte est posté dans différents ports au Québec, en Ontario et à Terre-Neuve–et–Labrador. Un petit nouveau est en construction à son chantier naval de L’Isle-aux-Coudres. Les remorqueurs peuvent être baptisés d’après le nom de personnes membres de la famille du propriétaire, Gordon Bain, ou de personnes qui travaillent au Groupe, comme le vice-président directeur – Projets spéciaux, Pierre-Julien. « M. Bain aime honorer les gens qu’il aime et qu’il respecte », dit Philippe Filion.

En plus des remorqueurs et de la construction navale, le Groupe Océan loue de l’équipement spécialisé pour le nettoyage des fonds marins et l’enlèvement des sédiments. Il possède aussi quelques barges qui servent, notamment, à l’occasion des feux d’artifice sur le fleuve, et pour des travaux comme ceux du pont Champlain. Au total, le Groupe emploie 750 personnes, dans quatre provinces du Canada, dont 90 % au Québec et 34 % à Montréal.

Un parti pris pour l’environnement

Le Groupe Océan a entrepris d’électrifier ses quais, à Montréal, comme il l’a fait à Québec. Ainsi, les remorqueurs à quai, mais en devoir, c’est-à-dire prêts à partir à tout moment, peuvent désormais se brancher sur le système hydroélectrique, plutôt que de fonctionner au diesel pour alimenter le chauffage, l’éclairage et les autres services à bord. Le projet est à la fois écologique et économique. En effet, l’hydroélectricité coûte moins cher et ne pollue pas comme le diesel, en termes de gaz à effet de serre (GES). « Notre objectif, c’est de faire correspondre notre développement avec le développement durable », dit Philippe Filion.


 

De plus, tous les remorqueurs sont certifiés par l’Alliance verte, un programme volontaire de développement durable pour l’industrie du transport maritime en Amérique du Nord.

Ça vaut la peine de construire les remorqueurs de sorte qu’ils soient plus respectueux de l’environnement, car ils seront dans le paysage portuaire pour encore très longtemps. Les ports ne peuvent tout simplement pas se passer de ces courageux et robustes petits travailleurs !