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GROS PLAN SUR...

Des scaphandriers dans les eaux du  Port


 

Les scaphandriers interviennent régulièrement au Port de Montréal pour inspecter et réparer la partie immergée des quais. Travailler sous l’eau : un métier hors du commun.

Couler du béton sous l’eau? Mais oui, c’est possible. En ce 19 août caniculaire, c’est le scaphandrier Jonathan Tremblay, de SPG Hydro International, qui est responsable de cette opération à 35 pieds de profondeur, au bassin Vickers du Port de Montréal.

Il s’agit de refaire le béton d’une clé, c’est-à-dire d’un espace large de 1,5 mètre entre deux sections de quai. Cette tâche s’inscrit dans un plus vaste projet de sécurisation du quai sur une longueur de 450 mètres, dans le secteur de la rue Viau.

 


Ce matin-là, à notre arrivée, vers 8 h, Jonathan Tremblay avait déjà enfilé son habit de scaphandrier, dont le casque à lui seul pèse environ 14 kilos ! Il a pris place dans la cage qui le descendra jusqu’à l’eau. Un de ses collègues, Maxime Riopel, conduit le chariot élévateur télescopique qui soulève la cage et la descend à l’eau.
 

Son autre collègue, Sébastien Dufresne, déroule le câble qui relie le scaphandrier au camion des opérations et au compresseur, et qu’on appelle la ligne de vie. C’est en fait un assemblage de plusieurs câbles bien attachés ensemble : un tuyau d’entrée d’air, un autre de sortie d’air, un câble de communication radio et vidéo, et un autre pour l’éclairage.
 

Les plongeurs travaillent en équipes de quatre. Ils plongent chacun leur tour, en rotation. Les trois qui restent sur le quai assistent celui qui travaille sous l’eau. Maxime et Sébastien fournissent à Jonathan les outils nécessaires à son travail, en les lui descendant, fixés au bout d’une corde : masse, soudeuse, perceuse. Ils s’assurent que le compresseur fonctionne bien et que l’air arrive régulièrement au plongeur; ils surveillent la ligne de vie, ils préparent les matériaux nécessaires aux travaux sous-marins, etc. Ces gars-là aiment leur métier. « Je ne ferais pas autre chose! », déclare Sébastien. « Chaque journée apporte son petit quelque chose de plaisant. Il y a de la camaraderie entre nous. Ce qu’on fait est différent et il y a une grande part d’imprévu. »
 

Éric Saint-Onge, le chef de l’équipe, est en communication constante avec le scaphandrier. Lui-même plongeur, il a fait son cours à l’Institut maritime du Québec, à Rimouski, comme la plupart de ses confrères. Dans le camion de SPG Hydro International, qui lui tient lieu de bureau, Éric suit le déroulement des travaux sous-marins sur l’écran de son ordinateur, grâce à une caméra fixée sur le casque du scaphandrier. Il entretient une conversation pratiquement en continu avec ce dernier, le guidant dans ses travaux.
Il y a une autre raison pour laquelle leur conversation est presque ininterrompue : Éric surveille le niveau de conscience de Jonathan. Si jamais ce dernier avait un malaise, Maxime, qui joue aujourd’hui le rôle d’aide plongeur, enfilerait son costume en quatre minutes et sauterait à l’eau au secours de son compagnon. « Au début, dans le métier, je trouvais étrange que le chef d’équipe parle autant au scaphandrier, parfois pour discuter de la pluie et du beau temps. J’ai vite compris pourquoi », explique Éric. La sécurité, c’est vital, dans ce métier. Tout est prévu. Ainsi, les plongeurs portent sur leur dos une bonbonne d’air qui assurerait l’arrivée d’air dans le casque du scaphandre en cas de panne du compresseur installé sur le quai.
 

Le bureau ambulant de l’équipe de plongeurs est stationné sur le quai du Port de Montréal, le temps que durent les travaux sous-marins.
 

À 8 h 30, le béton arrive! Une bétonnière et un camion muni d’un long bras articulé – une pompe à béton – se rangent sur l’espace étroit du quai, entre les conteneurs et l’eau. La bétonnière déversera le béton dans un réservoir du camion. Le béton sera ensuite poussé dans le tuyau du bras articulé et sortira au bout, comme la crème qu’un chef pâtissier fait sortir d’une douille pour décorer un gâteau.
Mais d’abord, il faut descendre le bras dans l’eau, dans la cavité à remplir. C’est le scaphandrier qui manipulera le bras sous l’eau.

On accroche une masse au bout d’une corde de nylon jaune et on la descend tranquillement le long du quai. Le scaphandrier en aura besoin pour actionner la trappe qui ouvre et qui ferme le tuyau qui versera le béton. On descend aussi ledit tuyau, que le plongeur attrape. À savoir : le ciment ne « sèche » pas, il durcit. Loin de nuire, l’humidité favorise sa solidification. Dans le cas d’un coulage sous l’eau, on ajoute à la recette de béton un autoplastifiant et un agent anti-lessivage, pour empêcher que la poudre de ciment ne se sépare de la pierre.
 

Sur la photo : Marc-André Lortie, technicien en génie civil chez Génipur, surveillant de chantier pour l’ensemble du projet de réfection de cette section du quai, Marc-André Brière, surintendant, et William Théroux, gérant de projet, chez Construction Sorel.

L’opération de réparation du quai implique plusieurs intervenants. Le Port de Montréal a confié les travaux à la firme Construction Sorel. En tant que maître d’œuvre, cette dernière engage les plongeurs de SPG Hydro International pour effectuer les travaux sous-marins.

Une autre firme de plongeurs, Divex Marine, viendra ensuite vérifier que les travaux ont été bien faits. « Nous faisons beaucoup de travaux de supervision au Port de Montréal, explique Michel Birs, le président de Divex Marine. Nous aidons aussi à effectuer le sondage des fonds marins des eaux du port, pour nous assurer qu’il n’y a pas d’objets au fond de l’eau qui pourraient accrocher les navires. »

La supervision de l’ensemble des travaux de réfection du quai est assurée par la firme Génipur.
En plus de l’entretien et des réparations, au Port de Montréal, les plongeurs sont également mis à contribution pour l’inspection des installations sous-marines.

 

À mesure que les travaux sous-marins progressent, tous ces gens se regroupent dans le camion-bureau, autour d’un tableau blanc où on planifie la suite des choses.

 

Maxime Riopel fabrique un caisson, c’est-à-dire un moule destiné à retenir le béton qui sera coulé dans une partie sous-marine du quai. Ici, il coupe une structure de métal. « C’est ce que j’aime de mon métier : on est comme des hommes-orchestres. On touche à tout : soudure, coupe, menuiserie, bétonnage, coffrage, montage d’acier », dit Maxime. Ils apprennent les rudiments de tous ces métiers dans le cadre de leur cours à l’Institut maritime du Québec. Puis ils se perfectionnent sur le terrain, auprès de leurs compagnons de travail.

 

Ça y est! Le coulage du béton, ou bétonnage, est terminé. L’opération elle-même a pris une trentaine de minutes. Mais auparavant, il aura fallu démolir et retirer les portions instables de vieux béton présentes à l’intérieur de la cavité, prendre les mesures, couper des tiges de métal encombrantes et poser le nouveau coffrage. Le scaphandrier peut maintenant sortir de l’eau. On descend la cage, dans laquelle il prend place. Prêt pour la remontée!

 

Et voilà le héros du jour!

 

Pas le temps de se déshabiller, ni même d’enlever son casque; Jonathan se déplace de quelques dizaines de pieds le long du quai… et c’est reparti pour une nouvelle coulée de béton à la section suivante! Il remonte dans la cage pour un second plongeon. Cet après-midi, c’est Sébastien qui enfilera l’habit de scaphandrier. Par cette chaleur, tous les autres l’envient! C’est qu’à l’intérieur du scaphandre, il fait toujours une température idéale, autour de 22 degrés, été comme hiver. Le plus grand inconvénient, en hiver, concerne les outils : ils gèlent!

Les risques du métier


 

Le métier de scaphandrier comporte quelques risques, qui doivent être bien gérés. Dans le fleuve, l’élément le plus difficile à contrôler, c’est le courant. S’il est trop fort, on doit carrément arrêter les travaux. Aussi, la visibilité est parfois mauvaise quand les eaux sont agitées.

Les scaphandriers sont appelés à travailler dans d’autres environnements que les ports. Ils sont formés pour intervenir dans des eaux contaminées, comme dans les centrales d’assainissement des eaux, pour réparer les tuyaux d’aérateurs, par exemple. Après ce travail, le scaphandrier doit séjourner dans deux ou trois bassins de décontamination, pour se débarrasser de tout agent pathogène.

À l’inverse, les scaphandriers doivent parfois effectuer des travaux dans des bassins d’eau potable. Pour ne pas contaminer cette eau, ils portent des habits vulcanisés et des casques en acier inoxydable stérilisés, qui servent uniquement à la plongée en eau potable.

Le cours

Le cours de scaphandrier nécessite une formation spéciale et il est un peu plus long que celui de simple plongeur. Le programme « Plongée professionnelle » dispensé par l’Institut maritime du Québec, à Rimouski, dure un an. À l’issue du cours, les étudiants obtiennent leur accréditation de la Commission de la construction du Québec. De plus, en faisant la preuve qu’ils remplissent les exigences de la Diver Certification Board of Canada, ils obtiennent une carte (la DCBC) qui est reconnue internationalement et qui leur permet de travailler à l’étranger.

Même s’il faut une certaine force physique pour s’acquitter de certaines opérations comme poser les coffrages, avec, en plus, tout l’équipement de scaphandrier sur le dos, on compte tout de même des femmes scaphandrières.

Pour devenir un bon scaphandrier, il vaut mieux être vaillant et humble, aux dires de Sébastien Dufresne. « Il ne faut pas prendre tout le mérite pour soi. Celui qui fait ça se fait tasser rapidement. C’est d’abord et avant tout un travail d’équipe. »

Le cours peut aussi mener à des emplois dans les secteurs de la recherche scientifique et de l’aquaculture, le renflouage d’épaves et la récupération d’objets divers.

Dernier point non négligeable : le taux de placement est de 100 %!

 

 

 

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