Commercer avec le monde

La flotte gardienne du port

Denis M a passé sa vie à sillonner les eaux du port de Montréal. Cette année, il fête 70 années de loyaux services. Et il est toujours au poste !

Denis M, c’est le remorqueur du port de Montréal. Enfin, un « petit tug », comme le surnomme affectueusement son capitaine, Michel Dufour. Avec son moteur de 350 forces (chevaux-vapeur), il est bien moins puissant que les nouveaux remorqueurs de 3 500 forces du Groupe Océan ! Mais il l’est assez pour transporter, beau temps, mauvais temps, les travailleurs qui assurent l’entretien des installations portuaires : sondage des fonds marins, supervision du dragage et entretien des quais. Parmi l’équipe de Michel Dufour, surveillant des travaux maritimes et de l’équipement flottant, deux marins sont opérateurs de navires certifiés et ils peuvent remplacer le capitaine, au besoin.

La flotte du port de Montréal comprend aussi deux barges, que pousse le Denis M : la NHB M73 supporte une belle grue toute neuve d’une capacité de 18 tonnes, nécessaire pour accomplir certains travaux d’entretien, par exemple la réparation ou le changement des défenses. Les défenses sont ces pneus, simples ou doubles, et ces boudins de caoutchouc noir qui se profilent sur les murs des quais, à mi-hauteur entre les eaux du fleuve et la plateforme du quai. Ils font office de coussin entre le béton du quai et la coque d’un navire. Lire à ce sujet « Une journée dans la vie de Denis M ».

La seconde barge, la Sounding Scow no 3 sert à sonder le fond marin pour identifier les endroits où il sera nécessaire de draguer. On retrouve bien des choses au fond du fleuve ! Des ferrailles et autres déchets charriés par le courant, des bancs de sable. Depuis qu’on a entièrement clôturé l’accès au port, les gros débris comme les appareils ménagers et les carcasses d’auto se font très rares. « On a déjà repéré une roche de 35 tonnes au large de la section 68, au terminal Termont ! » raconte Michel Dufour. Comme quoi les courants marins et les glaces sont de puissants déménageurs.

La barge Sounding Scow no 3 transporte une barre hydraulique large de 40 pieds. Quatre treuils assurent sa descente au fond de l’eau. La barre circule au ras du sol marin. Lorsqu’elle rencontre un obstacle, un haut-fond, elle se soulève et, ce faisant, actionne un poids qui, à son tour, fait bouger un marqueur le long d’une règle, sur la barge. Autrefois, la règle était lue par une personne. Aujourd’hui, un instrument électronique enregistre en temps réel la dénivellation mesurée par le marqueur. « La barre a plus de 30 ans. Elle est robuste et fiable », dit Michel Dufour.

D’où vient le nom de la barge NHB M73 ? NHB signifie National Harbours Board, ancien nom de l’Administration portuaire de Montréal. Le National Harbours Board, ou Conseil des ports nationaux, a été rebaptisé Société du port de Montréal en 1983, puis Administration portuaire de Montréal en 1999.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les eaux du port, y compris à Contrecœur, sont sondées deux fois par année, au printemps et à l’automne, sur une largeur de 120 pieds tout le long des quais, ainsi qu’au large, jusqu’à 600 pieds, là où les navires procèdent à des manœuvres de retournement, par exemple. Au-delà, le sondage est pris en charge par la Garde côtière et les Travaux publics du gouvernement fédéral.

La barge de sondage Sounding Scow no 3

Quand la sonde détecte un haut-fond dangereux pour les navires, Michel Dufour en avertit immédiatement Stefan Routhier, le capitaine adjoint du port, qui émet aussitôt un avis à la navigation. Tous les capitaines de navires évoluant dans le port sont informés. Le dragage comme tel est confié au Groupe Océan, une entreprise privée partenaire du port.

Au printemps, on procède au grand ménage : nettoyage de fond en comble du remorqueur et des barges, peinture, réparations. Tous les quatre ans, c’est la cale sèche – on sort le navire de l’eau – et l’inspection minutieuse, pour tous les navires de plus de 40 ans. Les plus jeunes doivent s’y soumettre tous les cinq ans.

L’équipe de Michel Dufour ne manque pas de travail. Sur une période de trois ans, ils ont repeint les 940 bollards du port et réinscrit leur numéro bien en vue. Lire à ce sujet « Parole de marin ».

Michel Dufour ne badine pas avec la sécurité des travailleurs. Une fois par semaine, il réunit son monde pour faire le point : a-t-on remarqué des défaillances, des points à améliorer ? Organisé et rigoureux, il ne laisse jamais trainer les choses.

Le Port a investi 1,5 million de dollars dans sa flotte, au cours des cinq dernières années, pour la rafraichir et s’assurer qu’elle respecte les nouvelles réglementations de Transport Canada. Par exemple, on ne peut plus relâcher dans le fleuve les eaux noires, qui proviennent des toilettes. Le Denis M est maintenant pourvu d’un réservoir, dont le contenu est régulièrement pompé dans les égouts de la ville. Toutes ces améliorations font en sorte que les eaux du port de Montréal sont beaucoup plus propres qu’il y a quelques années.

Michel Dufour, qui pilote le Denis M, est un Dufour de La Malbaie. Cet ancien navigateur compte dans sa famille un père, un frère et deux oncles pilotes de la voie maritime. « C’est de famille, c’est dans nos gènes ! » dit-il.