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DOSSIER : NOUVELLES TECHNOLOGIES

Géolocalisation : Les camions à la trace


Le camion est un maillon essentiel de la chaine logistique du transport des marchandises. Grâce à l’électronique, la gestion des parcours et des mouvements de conteneurs sur les routes atteint des sommets d’efficacité.


Chez Groupe Robert, les trajets de camions vides au port de Montréal sont une réalité d’une autre époque. Et cela compte ! En effet, chaque année, entre 6 000 et 6 500 camions de ce partenaire du Port de Montréal visitent ses quais.

Le matin, quand un chauffeur monte dans l’un des 1 300 camions de Groupe Robert, il consulte sa feuille de route sur son ordinateur de bord. Un conteneur à aller chercher au port pour l’emmener à son destinataire final ? À coup sûr, la feuille de route prévoit également un conteneur vide à prendre dans sa cour d’entreposage et à rapporter au port. Groupe Robert possède un terrain de 1 km par 1,6 km qui peut accueillir des conteneurs, les dépoter et stocker les marchandises dans un centre de distribution.

« Chaque conteneur à aller chercher ou à amener au port fait l’objet d’une cueillette qui est enregistrée dans notre système de planification. Les différentes routes sont croisées et nous arrivons ainsi à pratiquement éliminer les déplacements de camions vides », explique Manon L’Espérance, chargée de projet au département Stratégie et performance TI, chez Groupe Robert. À ce rythme, l’efficacité du service de transport se trouve maximisée.


Traçabilité en temps réel

Le système de gestion électronique de géolocalisation permet au client de suivre à la trace et en temps réel le parcours de sa marchandise, sur le site de l’entreprise, au moyen de son numéro de référence. Il saura à quelle heure sa marchandise est arrivée au port, a été chargée sur le camion, a pris la route, etc. Tous les camions sont équipés d’outils de communication par satellites et de BlackBerry.


Toujours plus loin

L’entreprise de la Rive-Sud est une pionnière qui s’est dotée d’un système électronique de suivi de ses camions dès le milieu des années 1990. Pas étonnant qu’elle soit sur le point de moderniser son système de gestion électronique. Un projet pilote de six mois vient tout juste de prendre fin. Et il est très concluant.

Le nouvel ordinateur de bord sera plus puissant. Il pourra transmettre au chauffeur les trajets les plus courts, en tenant compte du trafic et des travaux routiers. Il permettra également de procéder à des signatures électroniques et à l’impression de documents. De plus, le système d’analyse du comportement du camion pourra indiquer au chauffeur en temps réel les manœuvres à corriger. Il lui indiquera, par exemple, comment mieux effectuer ses changements de vitesse de manière à économiser le carburant au maximum.

Avec les nouveaux ordinateurs, les chauffeurs pourront photographier de la marchandise. Si, par exemple, le client refuse la marchandise parce qu’elle est mal empilée, le chauffeur pourra prendre une photo, l’envoyer au service à la clientèle, qui communiquera sur-le-champ avec le client pour résoudre le problème pendant que le camion est toujours sur place.

« Nos objectifs sont de maintenir un très haut niveau de sécurité, de maximiser les économies de carburant, de réduire l’impact sur l’environnement, de minimiser les déplacements et de les rentabiliser le plus possible », résume Manon L’Espérance.
Tous les acteurs de la chaine logistique gagnent à pouvoir compter sur un service de transport fiable. Ils peuvent ainsi garantir aux consignataires et aux expéditeurs un temps de transit précis entre le port et la destination finale.


Du côté de Vancouver

Au port de Vancouver, les nouvelles technologies font partie des outils qui permettent de maximiser l’efficacité des déplacements des camions à conteneurs.

Les installations dédiées aux conteneurs sont en voie d’atteindre 80 % de leur capacité, point à partir duquel l’efficacité a tendance à baisser, à cause des plus grandes probabilités de congestion. « Il fallait maximiser notre système de gestion des 15 000 camions qui viennent au port chaque semaine. Pour cela, il fallait nous doter d’une vue d’ensemble », explique Yoss Leclerc, capitaine et directeur des opérations et de la sécurité du Port de Vancouver.

 


Yoss Leclerc, capitaine et directeur des opérations et de la sécurité du Port de Vancouver.
Traditionnellement, chaque opérateur de terminal fait sa propre planification, chacun de son côté. Une vue d’ensemble permettrait d’harmoniser et de rationaliser les déplacements de camions prévus à chaque terminal. L’objectif ultime est d’éliminer les trajets de camions vides et de diminuer le plus possible les temps d’attente, les retards et la congestion.

Dans cette optique, l’an passé, le Port de Vancouver lançait un projet pilote, au cours duquel 300 camions ont été équipés d’un GPS. L’essai est convaincant et on prévoit pousser plus loin et équiper 1 000 autres camions en avril 2013. Ce GPS est à la base de l’harmonisation des opérations des différents terminaux.


Une table rassembleuse

Les transporteurs maritimes, les opérateurs de terminaux, les compagnies de camionnage et l’Autorité portuaire de Vancouver se sont assis à la même table pour dessiner cette plateforme d’information commune. Au début, les opérateurs de terminaux n’étaient pas très chauds à cette idée, habitués à travailler chacun dans sa cour. Mais ils ont vite compris l’avantage qu’ils avaient à profiter d’une meilleure coordination des déplacements des camions sur les quais.


Grâce au GPS, tous les mouvements des camions sur le territoire de l’Autorité portuaire sont notés dans le détail. On obtient ainsi une base de données qui permet de mesurer les déplacements et d’identifier rapidement et de façon précise et concrète les problèmes. « Le grand avantage des technologies, c’est qu’elles nous permettent de mesurer des données factuelles et, du coup, de comprendre la source des problèmes, dit Yoss Leclerc. Tant qu’on ne peut pas mesurer, on ne sait pas de quoi on parle, on n’entend que des rumeurs, des ouï-dire. Et on ne peut pas régler un problème. »


Un exemple tout simple de solution surgie de la cueillette serrée des données : les opérateurs de terminal ont érigé une zone tampon destinée à accueillir les camions dont l’accès au terminal est problématique, à cause d’un problème administratif ou autre. Autrefois, ces camions, soit bloquaient la file d’attente à l’entrée du terminal, soit étaient renvoyés au bout de la file une fois leur problème réglé. La nouvelle zone tampon a éliminé une source d’attente frustrante pour tout le monde. Bref, elle ne fait que des heureux !


« Notre but ultime, c’est de mettre en place un modèle de durabilité, d’imputabilité, de transparence et, surtout, de collaboration », conclut Yoss Leclerc.