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L'équipe de l'entretien ferroviaire du port

L’équipe de l’entretien ferroviaire est l’une des plus importantes du Port de Montréal. En effet, la rapidité du service de manutention de la marchandise repose en partie sur l’accès fluide des trains aux aires de chargement et de déchargement. Un entretien préventif et minutieux du chemin de fer assure un bon roulement des convois et le respect de la planification des horaires d’entrée et de sortie des trains.


 

Ginette Angrignon se tient devant le camion, l’œil braqué sur les essieux et les rails. Elle guide Sam Bocchicchio, qui tient le volant. Soudain, elle lève la main : OK! Alors, Sam actionne la commande, et les essieux dont le camion est équipé se déposent sur les rails avec une précision chirurgicale. Ça y est : le camion roule maintenant sur le chemin de fer, comme un wagon. Ginette monte à bord du véhicule et les deux responsables de l’entretien des voies ferrées se rendent à petite vitesse – 10 milles (16 km)/heure – jusqu’à l’aiguillage qu’ils vont inspecter.


 

L’équipe de l’entretien ferroviaire du Port de Montréal compte une vingtaine de personnes. Leur rôle est d’assurer le bon état permanent des 100 km de chemins de fer qui appartiennent au Port. Ces voies ferrées desservent les terminaux où, chaque semaine, de 60 à 80 trains amènent et viennent chercher les marchandises en vrac et les conteneurs qui arrivent ou partent par navire.

 


« Avant, on faisait tout à pied ! » se souvient Sam Bocchicchio, qui compte 30 ans d’expérience au Port. Tous les membres de l’équipe ferroviaire ont appris leur métier au Port, auprès de collègues plus expérimentés qui leur ont transmis leur savoir. « Aujourd’hui, on est mieux équipés que jamais ! » Sa collègue Ginette Angrignon, seule femme de l’équipe d’entretien, 27 ans de service bien comptés, approuve et ajoute : « Beaucoup d’attention est accordée à l’entretien. La prévention, ça coûte toujours moins cher que la réparation. »

 


Leur camion est un véritable garage de mécanique ambulant ! Il est plein d’équipements à l’arrière et à l’avant, et derrière des portes latérales : tuyaux pour faire fonctionner les outils hydrauliques, compresseur, outils de mesure, équipement de soudure, de coupe, de boulonnage, bref, tout le nécessaire pour entretenir un chemin de fer. « Avant, on faisait tout à la mitaine ! » dit Sam. La force physique était alors de première importance. Il fallait transporter des rails de 39 pieds (12 mètres) de long et enfoncer les crampons (gros clous) à la main, avec tous les risques de blessure que cela comportait. « C’était un vrai travail de forçat! Aujourd’hui, notre travail est pas mal plus valorisant », dit Marc Dufresne, superviseur.

 


Voici un des outils les plus importants, il mesure l’écartement entre les deux rails. « Question entretien, tout commence là », dit le superviseur Marc Dufresne. L’écart entre les rails doit être de 56 ½ po (143 cm), pour assurer un bon contact du rail avec les essieux et le bon roulement du train. Exactement 56 ½ po, c’est la mesure magique que tous les responsables de l’entretien des voies ferrées du Port de Montréal connaissent. Une variation de 1 po (2,5 cm), c’est déjà trop. Voilà pourquoi l’équipe d’entretien ferroviaire inspecte régulièrement les 100 km (62 milles) de chemin de fer que gère le Port de Montréal, et qu’elle corrige à mesure ces variations, causées par l’usure, la température et les conditions climatiques. Si l’écart s’agrandit, on le ramène temporairement au moyen de crochets vissés, en attendant de changer les dormants, ces madriers de bois sur lesquels reposent les rails de métal.

 


Au royaume du chemin de fer, les outils sont lourds et robustes. La structure d’une voie ferrée est construite de manière à résister aux passages répétés de trains lourdement chargés. Par exemple, les clous qui retiennent le rail de métal au dormant n’ont rien du clou de finition ! Voici la boulonneuse hydraulique qu’on utilise pour serrer les boulons.

 


Et voici le bras qui permet de soulever et de déplacer les outils et les équipements trop lourds. Le Port possède deux camions ainsi équipés. De plus, il loue régulièrement un véhicule qui circule sur les rails et qui détecte les anomalies, grandes et petites : écarts d’écartement entre les rails, faiblesse dans le fer, boulons lâches, etc.
 

Même si le chemin de fer est robuste, il est aussi extrêmement délicat. Les aiguillages qui permettent à un train de changer de voie sont des mécanismes précis qu’il faut entretenir avec soin. Et il y en a 163 sur les 100 km de voie ferrée du Port ! On doit les maintenir bien huilés en tout temps. On doit souder les pointes des cœurs de croisements (flèche rouge) pour qu’elles soient toujours bien effilées, à défaut de quoi le train aurait de la difficulté à changer de voie.
 

La température et les conditions climatiques sont les principaux facteurs de détérioration de l’état d’un chemin de fer. Le chemin de fer du Port est équipé pour affronter l’hiver. Pour déneiger les aiguillages, on utilise des souffleries…
 

… ou des câbles chauffants (flèche noire). Un senseur monté sur une perche détecte la neige qui tombe et démarre automatiquement le cycle de chauffage. Cet équipement est inspecté fréquemment, boulon par boulon.
 
Fabien Laforest et Dany Cattiaux, ingénieurs attitrés à l'entretien ferroviaire.
Il faut parfois procéder à des travaux majeurs. Ainsi, lorsque le sol ramollit sous la voie ferrée, on doit retirer les rails, puis excaver et refaire la fondation. Il faut aussi refaire les passages à niveau en respectant des standards de solidité hors du commun. Le passage à niveau de la rue de Boucherville, par exemple, est une entrée majeure pour les camions qui viennent porter ou chercher de la marchandise au port; chaque jour, environ 2 500 camions le traversent !
Les deux ingénieurs du Port attitrés au ferroviaire, Dany Cattiaux et Fabien Laforest, gèrent alors les travaux. Ils se font aider en cela par des consultants comme Daniel Gagnon, technicien en génie civil de la firme Génipur, qui fait presque partie de la « famille ferroviaire » du Port. « Je suis les yeux des ingénieurs », dit-il fièrement.
On renforce aussi la résistance de la voie ferrée, car les trains sont de plus en plus nombreux et lourds. Autrefois, un rail de 3 pi (90 cm) pesait 85 lb (38 kg). On les a graduellement remplacés par des rails de 100 lb (45 kg), puis de 115 lb (52 kg ), capables de supporter une charge plus lourde.
 

Une partie de l'équipe de l'entretien ferroviaire. De gauche à droite: Marc Dufresne, superviseur, Marc-Olivier Lavoie, Alexandre Fournier, Jean-François Leclerc, Maxime Meunier, James McGowan, Ginette Angrignon, Marcel Gordon, Steven Bélanger, superviseur, et Jean-Philippe Huet.
Tous les matins, à 7 h, Steven Bélanger et Marc Dufresne, les deux superviseurs, tiennent une réunion pendant laquelle ils font la liste des tâches à accomplir pendant la journée. Avec Stéphane Allard, le chef d’équipe, ils distribuent les tâches aux équipes de deux. Le travail au grand air comporte ses avantages, comme la possibilité d’assister au spectacle fabuleux du lever du soleil hivernal sur le fleuve. Mais cette joie a un prix: « Le plus dur, c’est de supporter l’humidité, la température yoyo, et les chaleurs et les froids extrêmes », dit Ginette.
Les responsables de l’entretien ferroviaire sont également des opérateurs de machinerie lourde, comme des chargeurs, des grues ferroviaires et des saleuses. Ce sont eux qui déneigent la voie ferrée, l’hiver, et qui entretiennent la route du Port. L’équipe d’entretien assure un service permanent 365 jours par année, 24 heures par jour. Chez les responsables de l’entretien ferroviaire, tout repose sur le travail d’équipe. C’est leur marque de commerce, la force qui assure au Port de Montréal un avantage compétitif important : la fluidité du trafic de marchandises des navires jusqu’aux trains.