Commercer avec le monde

ÉcoMaris : Tout le monde à bord de l’école !

On n’apprend pas que sur les bancs d’école. Même que certaines notions s’acquièrent plus rapidement sur le terrain… ou sur l’eau. Pourquoi pas un voilier-école ?


Le Roter Sand, voilier-école d'ÉcoMaris

Imaginez que l’école se transforme en aventure, la classe, en bateau, les cahiers, en voiles, et les crayons, en cordages. Imaginez partir en expédition sur les grandes eaux du Saint-Laurent pour vous frotter à la vie de groupe et découvrir l’esprit d’équipe, pour développer l’endurance, la confiance en soi, la persévérance et la discipline, pour apprendre à reconnaître et à respecter l’écosystème.

Trop beau pour être vrai ? Pas pour Simon Paquin, marin et psychoéducateur, idéaliste pratique, grâce à qui s’embarqueront, cet été, des jeunes de 15 à 25 ans sur le Roter Sand, le premier voilier-école à vocation environnementale du Québec. Pendant quelques jours, ces gars et ces filles formeront l’équipage du capitaine Lancelot Tremblay. Encadrés par Ariane Tessier-Moreau, responsable des équipements et des opérations, ils assureront les manœuvres du grand voilier, entre Montréal et Rimouski.

La vie avec un grand V


Simon Paquin, psychoéducateur et fondateur d'ÉcoMaris

« Je trouve triste de voir décrocher tant de jeunes pleins de talents. Quel gaspillage ! » lance Simon Paquin, le fondateur d’ÉcoMaris. Il a remarqué que plusieurs jeunes apprennent dans l’action. Il faut que ça bouge ! Sur le Roter Sand, ils sont servis. La vie de matelot sur un grand cours d’eau comme le Saint-Laurent n’est pas vraiment un long fleuve tranquille. Au menu : grand air du large, température changeante et imprévus. « On les bouscule, on les brusque un peu, on les déstabilise, mais c’est pour les aider à trouver leur propre stabilité, à solidifier leur estime de soi et leur confiance en eux », explique le psychoéducateur. L’école de la vie avec un grand V.


Lancelot Tremblay, capitaine gaspésien d'expérience, est à la
barre du Roter Sand


 

Pendant quelques jours, ces jeunes sont confrontés à eux-mêmes et à la vie de groupe, dans un environnement amical et contrôlé. « Ma première responsabilité à bord, c’est la sécurité », dit Lancelot Tremblay, un Gaspésien au teint hâlé, capitaine d’expérience qui enregistre au compteur 50 000 milles marins. Il est la perle rare découverte par Simon Paquin, qui allie la science de la mer à l’amour des jeunes. Pas évident, en effet, de trouver un capitaine d’expérience qui possède la patience et le doigté psychologique nécessaires pour encadrer des adolescents et des jeunes adultes.

Sous son commandement bienveillant, et toujours sous la supervision d’Ariane Tessier-Moreau  ou d’un officier, les matelots stagiaires participent à toutes les opérations : manipulations de voiles et de cordages, entretien de la salle des machines, cuisine, ménage, veille. Il y a toujours de quoi occuper l’équipage sur le grand voilier allemand que Simon Paquin a acquis l’an dernier et qui a été rénové pendant l’hiver pour être conforme aux normes canadiennes. Ce navire-école a été construit avec des matériaux recyclés. Par exemple, le fond du navire est constitué d’une plaque récupérée d’un sous-marin allemand. Ce fond plat permet au voilier d’échouer à marée basse et de reprendre le large avec la marée haute.

Avec ses bois vernis, le voilier est d’une beauté à faire rêver. À l’intérieur, une longue table de bois oblongue qui peut accueillir 25 convives occupe le grand carré central. Tout autour, sur les murs, s’alignent 12 couchettes. « C’est ici que tout se passe : le repas, les discussions, les rires, les chicanes, les fêtes », dit Simon Paquin. À bord, la vie de groupe est intense. Pas moyen de s’esquiver; les membres de l’équipage doivent affronter les situations et régler leurs différends au fur et à mesure. Ça forme le caractère.

Qui est Simon Paquin

À 38 ans, Simon Paquin a roulé sa bosse. « Longtemps, je me suis demandé qui j’étais », dit-il. Il a trouvé la réponse, non pas dans une classe d’école, mais sur un voilier : il était marin. À un moment, il a organisé des voyages en Inde pour les jeunes, et c’est pour pouvoir mieux réagir à leurs comportements et à leurs questionnements qu’il est devenu psychoéducateur. Avant l’aventure ÉcoMaris, Simon Paquin avait un commerce de vente d’arbres de Noël à New York, une affaire qui marchait très bien et qui employait 26 personnes. Il a vendu cette entreprise pour financer le projet ÉcoMaris. Un révolutionnaire social doublé d’un homme d’affaires, c’est rare… et précieux.


Le Père Michel Jaouen (Crédits : Le Télégramme)

un mentor

Pour mener à bien son projet de voilier-école, Simon Paquin s’inspire du père Michel Jaouen. Ce jésuite breton de 93 ans dirige un voilier-école sur lequel il embarque des délinquants. À 85 ans, ce colosse à la voix de stentor partait encore en mer avec les jeunes. C’est une force de la nature, aussi bourru et rugueux que généreux et aimant. « Je lui ai écrit et je l’ai rencontré une fois et ça a été marquant », raconte son émule québécois. À sa question de savoir comment le jésuite bâtissait son programme d’éducation des jeunes, le vieux loup de mer a répondu : « Je les embarque sur le voilier; la mer se charge du programme ! » « Il a raison : la mer offre l’occasion à chacun d’aller chercher ce dont il a besoin, selon où il est rendu dans sa vie. »

Le volet environnemental est au cœur du projet ÉcoMaris. C’est une occasion offerte aux jeunes d’une époque trop souvent débranchée de la nature de réaliser que nous faisons partie d’un écosystème dont dépend notre survie. Cet environnement repose sur un équilibre complexe et fragile qu’on doit respecter et protéger. « On protège ce que l’on aime et on aime ce que l’on connaît », répète Simon Paquin à qui veut l’entendre. « La meilleure façon de connaître le fleuve, c’est de le naviguer. »

Des partenaires financiers

Simon Paquin et son équipe comptent sur l’industrie maritime pour les aider à financer le projet ÉcoMaris, un organisme à but non lucratif. Des partenaires du Port de Montréal sont déjà impliqués, notamment Fednav. Pour sa part, le Port offre aux jeunes de l’est de Montréal deux bourses qui financeront leur aventure à bord du Roter Sand. ÉcoMaris réussit aussi à intéresser des partenaires d’autres secteurs, comme Standard Life.

Pour se financier, l’ÉcoMaris embarque également des gens d’affaires pour des formations en leadership.

L’ÉcoMaris participera à plusieurs événements, cet été, pour faire connaître sa mission. L’an dernier, plus de 18 000 personnes ont visité le bateau.

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