Commercer avec le monde

VOISINS DU PORT


Les quatre boursiers du Port de Montréal : Lou Bouchard (à gauche), Tommy Proulx-Roy,
et les jumelles Annie et Fanny Charland-Asselin, avec Lise Nadon, d'ÉcoMaris, leur
accompagnatrice tout au long du périple.

 

ÉcoMaris : les jeunes prennent le large

Quatre jeunes de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve ont fait un stage de une semaine sur le Roter Sand, le voilier-école d’ÉcoMaris, grâce à une bourse du Port de Montréal. Ils nous racontent leur expérience.

Au moment où le voilier Roter Sand a franchi le passage où le fleuve se jette dans l’immense golfe du Saint-Laurent, c’était Annie Charland-Asselin, 19 ans, qui tenait la barre. Le temps de le dire, des vagues de 2,5 mètres (8 pieds) ont pris d’assaut le voilier, le secouant comme une coquille. Annie n’en menait pas large : « Ça tanguait tellement que l’hélice sortait de l’eau au complet ! » raconte-t-elle, un souvenir de frayeur dans les yeux.

C’est vous dire qu’elle a suivi à la lettre les commandes de l’officier, demeuré à ses côtés. C’est comme ça que la jeune fille a appris à maîtriser la houle. « Francis [l’officier] m’a laissé la barre tout ce temps. Il me conseillait et il me faisait confiance. Sa confiance m’a donné confiance en moi. C’est la chose la plus importante que je retiens de mon voyage », affirme-t-elle résolument.


Sur le pont, Ariane Tessier-Moreau, première officière à bord,
donne une leçon de navigation aux jeunes marins en herbe.

Annie, sa jumelle Fanny, ainsi que Tommy Proulx-Roy et Lou Bouchard sont les quatre boursiers du Port de Montréal qui ont passé une semaine à bord du Roter Sand, en compagnie d’autres jeunes, d’une accompagnatrice et des officiers de marine. Ce voilier-école a pour mission de sensibiliser les jeunes à l’environnement et de les aider à se découvrir. « La mer offre l’occasion à chacun d’aller chercher ce dont il a besoin, selon où il est rendu dans sa vie », dit Simon Paquin, psychoéducateur et fondateur d’ÉcoMaris, propriétaire du bateau.

Trajet en haute mer  

L’équipage a quitté le port de Rimouski le 29 juin à destination d’Halifax, en Nouvelle-Écosse. Mais ce voyage truffé d’imprévus s’est plutôt terminé à Port Hawkesbury, au Cap-Breton, question de s’éloigner de l’ouragan Arthur qui balayait alors la région.


Sous l'oeil bienveillant du capitaine Lancelot Tremblay,
les moussaillons apprennent à manoeuvrer le voilier.

Tommy, 16 ans, se souviendra longtemps de son quart de nuit à la barre, debout dans l’immensité noire, sous la coupole des étoiles : « J’ai vu deux queues de baleines se dresser, puis claquer sur l’eau. C’était impressionnant! Ariane [Tessier-Moreau], officier, m’a dit qu’on les avait probablement réveillées», dit-il, encore ravi. Rencontre aussi émouvante que celle des bébés dauphins que Fanny a observés pendant qu’ils jouaient et s’amusaient comme des petits fous, près du voilier. Puis, il y a eu les phoques, les pingouins, les canards et les marsouins. Les jeunes matelots ont aussi pêché, cuisiné et mangé du maquereau.

Sur le navire, il y a tant à faire : cuisine, ménage, entretien, manœuvres de navigation. Tout le monde a sa tâche et trouve sa place. Lou, 15 ans, a tout de suite montré un goût et des talents de cuisinier, et il a régalé la troupe plus souvent qu’à son tour. « J‘ai aussi aimé faire les manœuvres, monter la trinquette (la deuxième voile) », dit Lou, qui, comme ses collègues matelots, a appris à manier un peu du vocabulaire des vieux loups de mer.

Dur, dur !

Évidemment, un voyage en mer comporte ses moments plus difficiles. Comme cette nuit où un bon orage, avec son bagage d’éclairs, de tonnerre, de pluie et de vent, a tellement agité les eaux que presque tout le monde à bord a eu le mal de mer. Dur, dur ! « Ce mal de mer m’a appris la persévérance », reconnaît Fanny. Malade, elle ne voulait plus quitter sa couchette, mais elle a finalement décidé que ce n’était pas le moment de lâcher. Allez Hop! Sur le pont ! L’air frais lui a fait du bien; elle y a retrouvé ses couleurs… et son courage.


Autour de la table, à l'abri des intempéries, on mange, on fait le point,
on jase, on règle les problèmes, on rit. Autour, le long des murs, les
couchettes des matelots.

« Moi, dit Lou, j’avoue que j’ai trouvé dur de vivre avec du monde pendant neuf jours, sans avoir une heure tout seul. Mais maintenant, ça va. La prochaine fois, je vais me sentir mieux avec les autres. » Le voilier-école est une formidable occasion de cultiver son esprit d’équipe et des aptitudes comme la tolérance et le contrôle de soi.

Curieusement, les jeunes parlent des moments difficiles avec la même franchise et la même passion qui marquent le récit de leurs meilleurs moments. C’est qu’ils sont fiers d’avoir eu le dernier mot quant à leurs peurs, à leurs découragements et autres malaises. En toute simplicité, Tommy explique qu’étant malentendant, il se fait parfois intimider à l’école, ce qui le fait hésiter à prendre sa place. « J’ai peur de faire une erreur. Sur le voilier, les officiers me disaient ce que je devais faire et ils considéraient que j’étais capable de le faire. Alors, je le faisais… et j’étais capable ! Ça m’a donné confiance en moi. L’esprit d’équipe et la confiance, ça va ensemble! »

Soudés


La pêche au maquereau a été bonne et
l'équipage va se régaler !

Ils en ont long à raconter, sous le regard bienveillant de Lise Nadon, qui les a accompagnés tout au long de leur périple. De temps en temps, l’un d’entre eux lâche une phrase au contenu indéchiffrable, et tout le monde s’esclaffe. Comme un vieux club d’initiés, ils se comprennent à demi-mot, ils possèdent leurs références communes. « C’est vrai qu’on a bien ri, sur le voilier », dit l’un d’eux. « Avec les jokes plates du capitaine », ajoute un autre.  « Il s’en dit, des folies, sur un bateau », confirme Lise Nadon, avec un sourire absolument amusé. L’humour, c’est un ingrédient essentiel du ciment qui soude les marins en un même esprit de corps.


Le soleil bas inonde le pont d'une belle lumière dorée. Moment de relaxation.

En ce 10 juillet, ces quatre jeunes qui discutent et rient librement, attablés au café Hoche de la rue Ontario, les jumelles Fanny et Annie, Lou et Tommy, ne sont plus tout à fait les mêmes personnes que celles qui montaient à bord du Roter Sand, une douzaine de jours plus tôt. Ils sont plus forts, plus matures. Et parfaitement heureux de leur expérience.

Pour en savoir plus sur le projet ÉcoMaris, lisez
ÉcoMaris : tout le monde à bord de l’école !
Deux jeunes voisins chez ÉcoMaris