Commercer avec le monde

BALISE

Une dernière mise à l'eau pour Gaston Bourgeois

La flotte du Port de Montréal dit au revoir à l’un de ses marins les plus expérimentés, Gaston Bourgeois. Après 30 ans de loyaux services, il tire sa révérence. En perspective, pour meubler sa retraite : du vélo et des voyages ! À bien y penser, que peut-on attendre d’autre de la part d’un marin qui a parcouru presque toutes les mers du monde et qui a encore la bougeotte ?

Nous l’avons rencontré le 29 avril dernier, sur les quais de la section M du Port de Montréal, alors qu’avec son équipe, il mettait à l’eau pour la dernière fois le Denis M, ce petit remorqueur qui sert à l’entretien des quais.

Quand avez-vous décidé de devenir marin ?

Je suis entré au Port de Montréal en 1985, mais je suis marin depuis l’âge de 17 ans. Je suis descendant des Îles-de-la-Madeleine, alors je suis un marin dans le sang ! Je suis parti pour Vancouver à 17 ans, avec l’idée de travailler sur les trains. Mais un jour, dans un bar, j’ai entendu le premier maître d’un navire norvégien dire qu’il lui manquait deux matelots. C’est comme ça que je suis parti pour mon premier voyage en mer. Un long voyage : j’ai été sur l’eau pendant 11 mois !

J’ai travaillé 5 ans sur des navires norvégiens, et c’est là que j’ai appris le métier. Je suis devenu timonier, homme de roue, comme on dit, sur des navires marchands. Ensuite, j’ai suivi des cours à l’Institut maritime du Québec pour obtenir mon brevet de pilote.

Vous en avez vu, du pays…

Je suis allé dans plusieurs pays ! J’ai fait le Grand Nord et l’Arctique, toute l’Europe, l’Amérique du Sud, l’Asie, aussi, le Japon, l’Australie… J’ai vu des ours polaires. En parcourant le fleuve Amazone sur un navire chargé de bois d’acajou, j’ai rencontré des peuples de la forêt qui portent toujours leurs parures faites d’os en travers du nez. J’ai tout aimé. J’aimais vivre avec le monde. Mais si je me mets à tout raconter, on va écrire un livre ! (Rires)

Ça n’est pas difficile de ne jamais être chez soi ?

Je suis un vagabond. Je n’ai jamais pris la vie au sérieux et je vis un jour à la fois. Je ne regrette pas d’avoir choisi ce métier. La vie de marin, c’est très dur, c’est sûr. Mais c’est moins dur aujourd’hui, grâce aux équipements modernes. Par contre, tout se passe plus vite, maintenant : le chargement et le déchargement du navire. On n’a pratiquement plus le temps de descendre à terre et de visiter.

Vous avez déjà eu le mal de mer ?

Jamais !

À la retraite, vous voulez voyager. Où irez-vous ?

Je rêve de retourner à Bora-Bora, en Polynésie française. J’y suis déjà allé, pour le travail; je veux y retourner. En vacances, cette fois...

Comment met-on un remorqueur à l’eau ?

Chaque printemps, on remet à l’eau le Denis M, le petit remorqueur du Port de Montréal utilisé pour l’entretien des quais : inspection, changement des défenses, soudure, renforcement des quais, etc. Le bateau a passé l’hiver sur les quais de la section M-6, le long de la rue Pierre-Dupuy. On profite de ce temps de repos pour lui refaire une santé et une beauté. Aujourd’hui, il est prêt à entreprendre une nouvelle saison de travail.


Pour mettre à l'eau le Denis M, on demande l’aide du Hercules, qui appartient à la Voie maritime du Saint-Laurent. C’est une barge équipée d’une grue munie d’un puissant câble élévateur. Le Denis M est sur le quai. Sur la photo, on l’entrevoit, à l’extrême gauche.
 

Quatre câbles noirs, qui peuvent soulever 90 000 livres chacun et qui se terminent chacun par une grosse manille, sont accrochés à la grue et arrimés au bateau. Ils serviront à le hisser. Le Denis M pèse 46 tonnes, pas exactement un poids plume !
 
On arrime solidement le Denis M au Hercules. Trois hommes forts ne sont pas de trop pour manipuler les câbles et les lourdes manilles pouvant soulever 45 tonnes chacune.

 

 

Ça y est ! Le bateau est bien accroché. Le Hercules va le soulever très doucement pour le dégager de son ber, c’est-à-dire le socle sur lequel il repose. Pour éviter les contrecoups, les heurts et les bris, les marins secondent les manœuvres du Hercules à l’aide de gros câbles jaunes.

 

 

On ne tolère aucun moment d’inattention pendant cette manœuvre délicate.
 
 
Avant de détacher le remorqueur du Hercules, Gaston Bourgeois descend dans la cale pour vérifier la parfaite étanchéité du navire.

 

Tout est beau ! On peut y aller ! Pour une dernière fois, Gaston Bourgeois a procédé à la mise à l’eau du remorqueur du Port de Montréal. Michel Dufour, le capitaine de la flotte et surveillant des travaux maritimes et de la flotte, tient à souligner ce moment.
 
Gaston Bourgeois salue son collègue Stéphane Gamelin, un marin opérateur de navires comme lui.
 
Gaston pose une dernière fois avec des collègues : au centre, Alain Arsenault, un Madelinot aussi, qui travaille comme premier maître sur le Hercules de la Voie maritime. Sur les quais, les Madelinots se reconnaissent et fraternisent. À droite, Pierre Vézina, marin au Port de Montréal, tout comme Gaston. « Je perds mon chum, dit Pierre. On se connaît depuis 40 ans et on travaille ensemble depuis 17 ans. Le Denis M, on devrait le rebaptiser Gaston B ! »
 

Salut, Gaston ! Tu nous manqueras !