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DOSSIER : ENVIRONNEMENT

Relever le défi de la gestion des ordures et des déchets

À bord du N/C Thalassa Desgagnés, un membre de l’équipage jette machinalement l’emballage d’un produit neuf dans un bac réservé aux matières plastiques.


Les bacs à recyclage sont partout présents sur le Anna Desgagnés, même
dans la timonerie.

Les divers bacs installés à bord du navire permettent de se débarrasser rapidement, proprement et facilement des ordures et des matières recyclables. Dès l’arrivée du bâtiment au Port de Montréal, une fois le pétrolier accosté, les employés d’Urgence Marine se chargent de recueillir le contenu de tous les bacs.

Selon la réglementation prévue dans la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL) en vigueur depuis janvier, il est interdit aux navires de décharger des ordures en mer. Le Port de Montréal possède déjà une longueur d’avance sur les autres ports en la matière, puisqu’il collabore depuis longtemps avec Urgence Marine. Fondée en 1979 par Richard Berthiaume, cette entreprise propose des services de collecte quotidienne des ordures pour les navires qui sont accostés au port.

 « Nous avons ajouté de l’espace de stockage afin de mieux répondre aux besoins accrus que connaîtront nos clients en vue de se conformer aux nouvelles dispositions de la convention MARPOL », explique-t-il.

Pour desservir les navires qui ne disposent pas de tels bacs, Urgence Marine a décidé de surpasser les services généralement offerts dans la plupart des ports en effectuant le tri des ordures dès le moment de la collecte. Non seulement ce processus permet-il de séparer les matières fibreuses et plastiques, mais il assure en outre l’intégrité de matières potentiellement dangereuses (comme les batteries, les néons, les huiles usées, les médicaments périmés), en vue de les recycler, de les récupérer ou des les éliminer adéquatement.

« Pour assurer le transport de ces articles en toute sécurité, notre camion adapté dispose de compartiments spéciaux devant la benne destinée aux simples ordures, précise le responsable S.S.T. Environnement chez Urgence Marine, Yassir Satté. À vrai dire, le Port de Montréal est le seul port de l’Est à offrir tous ces services. »

des réussites reconnues


Daniel Côté, conseiller en environnement
de Transport Desgagnés

Il y a deux ans, le Groupe Desgagnés a fait appel à Urgence Marine pour mettre sur pied un programme de recyclage à bord de tous ses navires, avec le double objectif de réduire considérablement le volume de déchets d’enfouissement générés par sa flotte maritime, et de s’assurer de la manutention sécuritaire des matières dangereuses.

Urgence Marine a donc accepté de procéder sans frais supplémentaires à la cueillette des matières recyclables en même temps que les simples ordures. « En 2012, Urgence Marine a par conséquent réussi à accroître le volume de ramassage des produits recyclables de l’ordre de 77 % par rapport à l’année précédente », affirme M. Berthiaume.

Le Groupe Desgagnés réussit quant à lui à atteindre ses objectifs. En 2012, l’organisme Recyc-Québec a accordé au navire de charge N/C Camilla Desgagnés son attestation de niveau 3 marquée du Sceau argent pour souligner ses efforts en matière de recyclage. Le Camilla Desgagnés est le premier navire de la province à obtenir une telle reconnaissance.


« Au début, l’équipage était sceptique. Mais maintenant, ils veulent décrocher l’or », dit François Lavoie, le surintendant du Camilla Desgagnés, qui pense maintenant à instaurer le compostage à bord.

« Les mesures prises pour réduire la quantité de déchets, pour réutiliser ou recycler les matières, engendre une quelconque forme de revalorisation à hauteur de 84,2 % des déchets produits par les activités du navire, souligne le conseiller en environnement de Transport Desgagnés, Daniel Côté. Le fait que ce navire ne produise plus qu’une fraction des ordures générées auparavant représente une avancée importante, pour les sites d’enfouissement de Montréal comme pour toutes les agglomérations que dessert ce navire dans l’Arctique », dit-il.

Les équipages de tous ces navires s’emploient désormais à éliminer toute production d’ordures à bord, et à recycler le plus possible ce qui reste. « Sans le concours d’Urgence Marine et de leurs services spécialisés, nous ne serions pas en mesure d’en faire autant au sein du Port de Montréal », ajoute Daniel Côté.

l'ANALyse du cycle de vie

Le Groupe Desgagnés, Urgence Marine et l’Administration portuaire de Montréal sont tous membres de l’Alliance verte, une initiative nord-américaine qui regroupe des intervenants de l’industrie du transport maritime pour favoriser l’amélioration de leur performance environnementale. Tous trois prennent part au groupe de travail de l’Alliance verte chargé d’examiner plus attentivement les options à privilégier en ce qui concerne les ordures à bord des navires.

« Les membres de ce groupe très proactif cherchent à identifier le moment idéal pour éliminer les ordures, du point de vue écologique. Par exemple, vaut-il mieux incinérer une lourde charge d’ordures en mer plutôt que de la transporter sur de longues distances jusqu’à un site d’enfouissement, ce qui suppose une plus grande consommation de carburant, explique la coordonnatrice de l’Alliance verte, Françoise Quintus. C’est pour cette raison que nous procédons à une analyse du cycle de vie des ordures à bord de plusieurs navires afin d’évaluer pleinement l’impact de chacune des options. »

Pour mener les analyses du cycle de vie, l’Alliance verte a retenu les services d’Ellipsos, une société spécialisée dans le développement durable. « Nous tenons compte de tous les aspects, qu’il s’agisse de l’énergie nécessaire pour la collecte, le transport, le recyclage ou l’élimination d’un produit, ou encore des répercussions de chacune des étapes du processus sur les équipements, les structures, l’air, l’eau, les sols utilisés ou la santé des gens », ajoute le président d’Ellipsos, Jean Sébastien Trudel.

Les résultats obtenus aideront l’Alliance verte à concevoir des outils décisionnels à l’intention des exploitants maritimes, des administrations portuaires et des entreprises de gestion des ordures en vue de déterminer plus précisément quand et dans quelles circonstances l’incinération des déchets à bord s’avérerait effectivement plus profitable que le recyclage.

« Nous tenons avant tout à nous assurer que nos bonnes intentions se traduisent par des choix sensés », conclut Mme Quintus.

le signalement électronique


Sylvain Perrier, directeur général de Ship
Waste Agency

La société française Ship Waste Agency a créé une plateforme électronique nommée SWANET, laquelle permet à tous les intervenants - membres d’équipage, gestionnaires de navires, agents maritimes, représentants de l’administration portuaire, autorités locales, collecteurs d’ordures et gestionnaires de centres d’élimination, de récupération ou de traitement des déchets - d’accéder simultanément aux mêmes données, au sujet des ordures et des matières recyclables à bord d’un navire.

« Grâce à l’outil SWANET, nous veillons aussi à ce que tout un chacun parle le même langage et utilise des unités de mesure et une terminologie communes lorsqu’il est question d’ordures à bord des navires », déclare le directeur général de Ship Waste Agency, Sylvain Perrier.

En vertu de la nouvelle réglementation qui entrera en vigueur prochainement, les exploitants maritimes seront tenus de catégoriser, de peser et de mesurer les ordures, les matières recyclables, les matières dangereuses et les autres détritus générés par chacun des navires au cours d’un périple.

« Grâce aux services électroniques comme SWANET, les entreprises pourront gagner du temps et, par conséquent, réaliser des économies en produisant de tels rapports, indique Sylvain Perrier. Ils bénéficieront du même coup de données de référence pour la réduction des ordures à bord des navires, ce qui contribuera certainement à réduire les coûts de manutention des ordures. »

Économiser l'eau

En outre, de concert avec son partenaire Urgence Marine, le Port de Montréal est fin prêt à accueillir les déchargements liquides de toutes sortes provenant des navires. Selon la nouvelle convention MARPOL, il est désormais interdit aux navires de rejeter la plupart des substances à la mer.

Depuis plus de 20 ans, Urgence Marine offre des services d’évacuation des boues résiduaires qui s’accumulent dans les coques de navires. « Nous sommes en mesure d’effectuer ce travail, que le navire soit au mouillage ou à quai, en utilisant soit notre barge, soit nos camions », dit M. Berthiaume.

Une autre division se charge déjà, depuis une quinzaine d’années, du nettoyage des cales de chargement. On s’assure d’abord de draguer la cale à fond afin de récupérer le minerai de fer, de nickel, de zinc ou d’autres minéraux précieux, avant de procéder à un lavage à la pression jusqu’au nettoyage complet.

Urgence Marine a déjà eu l’occasion de fournir à la plupart des grands transporteurs maritimes divers services de nettoyage des cales de chargement de navires. « Dans un souci de l’environnement, ils préfèrent que nous utilisions 30 ou 40 tonnes d’eau pour nettoyer leurs cales plutôt que de confier la tâche à leur équipage, qui en utiliserait sans doute de 100 à 200 tonnes, affirme M. Berthiaume. Pour nos arrosages, nous récupérons, traitons et réutilisons une bonne partie de l’eau de lavage pour un lavage subséquent, ce qui nous permet de réduire considérablement la quantité d’eau. »

Compte tenu des nouvelles dispositions de la convention MARPOL, Urgence Marine s’attend à une recrudescence des mandats de nettoyage de cales : « Autrement, il leur serait très coûteux de traiter toute l’eau utilisée. pour pouvoir ensuite s’en débarrasser convenablement. »

Par temps froid en hiver, Urgence Marine est en mesure de poursuivre ses activités puisque ses équipes utilisent un agent nettoyant antigel. Cette solution nettoyante est, elle aussi, traitée en vue d’une réutilisation.

DES Stratégies intermédiaires

Les services de pointe offerts au Port de Montréal par son partenaire Urgence Marine sont encore relativement peu fréquents dans les autres ports, si bien que de grandes compagnies maritimes ont dû se tourner vers d’autres moyens pour se conformer à la réglementation de la convention MARPOL.

Ainsi, le Groupe CSL prévoit désormais l’installation de cuves de stockage à bord de ses nouveaux navires pour pouvoir conserver les eaux qui n’auront pas été adéquatement traitées, en vue de les éliminer à leur entrée dans un port.

En décembre, lorsque le M/V Baie Saint-Paul est arrivé au Port de Montréal au terme de son voyage inaugural, les représentants d’Urgence Marine ont eu l’occasion de constater de visu ces cuves de stockage. « Chacun des réservoirs de lavage peut contenir jusqu’à 172 tonnes métriques d’eau, relate M. Berthiaume. Le stockage des eaux de lavage représente la seule option possible, en attendant de se rendre dans un port qui offre des services de traitement et d’évacuation des eaux. »

Même si certaines compagnies choisiront d’effectuer ce nettoyage par leurs propres moyens, elles seront tout de même tenues, en vertu de la nouvelle convention MARPOL, de recourir à des professionnels pour l’élimination des eaux. Nul doute que la nouvelle réglementation, conjuguée aux préoccupations des armateurs canadiens quant à l’impact environnemental de leurs activités, sauront occuper les équipes d’Urgence Marine, non seulement au Port de Montréal, mais aussi dans l’ensemble des installations portuaires le long du fleuve Saint-Laurent.