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Débardeur: un métier transformé

Débardeur : un métier bien rémunéré, qui requiert de la concentration et de la dextérité.

Calée dans le fauteuil de la cabine vitrée, entre ciel et terre, les deux mains fermées sur les manettes, Manon Comtois ne lâche pas des yeux le conteneur suspendu tout au bout du long câble de sa grue.


Manon Comtois et Sébastien Dupuis, deux débardeurs qui adorent leur métier.

Elle a besoin de toute sa concentration pendant qu’elle descend la lourde boîte de métal de 12,2 mètres de long pour la faire atterrir, 20 mètres plus bas, sur la remorque d’un camion qui a l’air d’un jouet. Les quatre coins du conteneur doivent épouser absolument et parfaitement les quatre coins de la remorque. Doucement…

Clic ! À la droite de Manon, le bouton jaune du tableau de bord s’est allumé, pour l’informer que le conteneur est bien fixé à la remorque. En pressant sur un bouton, Manon décroche le conteneur du câble relié à la grue. Et de un !

Au cours de son quart de travail de quatre heures, elle déchargera ainsi en moyenne 115 boîtes stockées sur le porte-conteneurs, qui peut transporter jusqu’à 6 000 conteneurs EVP (équivalent vingt pieds). « Le plus dur, c’est quand il vente ! Le vent ‟swingue” les câbles et les conteneurs accrochés au bout », explique Manon. Le brouillard n’arrange rien, non plus que la grosse neige ou la pluie battante. Mais seul le vent violent parvient à arrêter le travail des grutiers.

« C’est vrai que j’ai suivi les traces de mon père, mais je ne fais pas du tout le métier qu’il faisait dans son temps ! », constate cette fille – et sœur ! – de débardeur, qui compte déjà 21 ans d’expérience.

En effet, avant l’automatisation des équipements, le métier de débardeur était pas mal plus dur, physiquement. Pour décharger un navire, les hommes ne disposaient que de la force de leurs deux bras. Les marchandises arrivaient en vrac, dans des sacs ou des caisses de bois. Il fallait des semaines pour vider un navire !

Aujourd’hui, on compte le temps de déchargement en heures ! Il faut quelques jours tout au plus pour vider un porte-conteneurs de ses milliers de conteneurs. Une armée de grues, de chariots élévateurs et de camions ont remplacé les bras. La tâche qui requiert un peu plus de force physique, c’est le verrouillage des conteneurs, sur les navires, au moyen de longues et lourdes barres de métal.


Pierre Ménard et Serge Pétrelle sont deux débardeurs d'expérience devenus formateurs. Ils nous font
une démonstration du simulateur, au nouveau centre de formation. Le métier de débardeur est fait pour
les personnes - hommes et femmes - qui aiment apprendre.

Les tâches

Les tâches des débardeurs sont multiples et variées. Le métier de grutier requiert la formation la plus poussée. On trouve plusieurs types de grues sur les différents terminaux. Un débardeur peut aussi être attitré à la conduite d’un camion de terminal, d’une chargeuse, d’une pelle mécanique ou d’un chariot élévateur, dont il existe aussi plusieurs types. Il pourra également être amené à travailler à bord des navires, pour y arrimer les conteneurs. Certains débardeurs agissent comme vérificateurs, c’est-à-dire qu’ils coordonnent les déplacements des marchandises, sur le terrain du terminal.

Les avantages

Sébastien Dupuis a obtenu son bac en éducation physique avant d’opter pour le métier de débardeur, comme son père, son oncle et son grand-père. Il conduit un camion qui sert à bouger et à ranger les conteneurs sur le terrain du terminal Termont. Ils sont trois hommes pour conduire deux camions pendant un quart de travail de huit heures, dans un milieu de travail sécuritaire. « Je gagne bien ma vie et nous avons d’excellentes conditions de travail », dit-il. Les tâches sont très variées et chacun peut se spécialiser dans celles qu’il préfère. Sébastien l’affirme sans détour, les hautes grues, ça n’est pas pour lui : « Je suis bien, sur le terrain des vaches ! » « Et moi, je suis bien dans les airs! », réplique Manon en riant. Elle ne se verrait pas travailler entre quatre murs et elle apprécie les levers de soleil fabuleux au petit matin.

Les défis

Aux dires de Manon et de Sébastien, les horaires représentent le plus grand défi de leur métier. Le débardeur doit être disponible 19 jours sur 21. Pendant ces 19 jours, il peut être appelé à travailler un quart de huit heures à toute heure du jour ou de la nuit. Le chargement ou le déchargement peut s’effectuer 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, selon l’heure d’arrivée du navire au port. Le transport de marchandises n’attend pas !

Les difficultés reliées directement aux tâches sont les caprices de Dame Nature : le froid intense, le vent, le brouillard, la neige, la pluie, la grêle, les tempêtes et les orages.

Pour qui ?

« Le bon candidat type est celui qui est capable de travailler en équipe, qui a une bonne faculté d’adaptation et une bonne capacité à apprendre », dit Guillaume Couture, directeur, effectif et déploiement, de l’Association des employeurs maritimes (AEM). Manon et Sébastien ajoutent qu’un bon débardeur est quelqu’un qui est disponible, à son affaire, responsable et capable de se concentrer : « Sur le terrain du terminal, ça circule ! Camions de ville, machinerie pour le transport des charges lourdes et des matières dangereuses, etc. Il faut être éveillé », dit Sébastien.

Il y a environ 1 000 débardeurs à Montréal, dont environ 120 femmes.

Qui sont les patrons des débardeurs ?

C’est l’Association des employeurs maritimes (AEM) qui embauche tous les débardeurs des ports de Montréal et de Trois-Rivières. Lorsqu’un navire s’annonce au terminal d’un port, l’opérateur du terminal en question appelle l’AEM pour lui indiquer le nombre de débardeurs dont il a besoin. L’AEM est aussi responsable de former les débardeurs et de négocier leurs conditions de travail au nom des compagnies qu’elle représente.

Un nouveau centre de formation techno

Depuis l’an dernier, les débardeurs du Port de Montréal fréquentent une nouvelle école dotée d’équipements à la fine pointe de la technologie et tout à fait adaptés aux opérations du port. L’AEM est très fière de son centre de formation, et avec raison.


 

En plus des salles dédiées à la formation théorique, on y trouve tout l’outillage pour donner une formation pratique. Dans une salle vaste comme un entrepôt se trouvent des conteneurs, un wagon, une remorque, une nacelle, des chariots élévateurs, et même une reproduction de cale de navire. On peut s’exercer à arrimer les conteneurs à l’aide de barres de métal, à soulever toutes sortes de charges avec un chariot, etc., sous l’œil expérimenté des formateurs, eux-mêmes débardeurs.

Mais le clou de la visite, c’est le simulateur de machinerie lourde. Devant un fauteuil, fidèle réplique du fauteuil d’une vraie grue, se déploie un large écran à trois faces. À l’aide d’un ordinateur, le formateur y fait apparaître des images en 3D qui recréent l’environnement perçu par l’opérateur de grue sur un vrai quai. Assis dans ce siège, vous voilà plongé dans un jeu vidéo grandeur nature !

En se servant des manettes, le débardeur en formation s’exerce à aller chercher un conteneur sur le navire et à le transborder sur une remorque de camion. Le formateur peut simuler toutes les conditions atmosphériques. En un clic, il plonge son étudiant dans une tempête de neige, un vent soutenu ou une pluie battante. Ou dans la nuit. Il peut aussi provoquer un imprévu, par exemple, un câble qui se rompt ou un navire qui se met à se déplacer. Grâce au simulateur, le débardeur en herbe apprend à gérer toutes les situations possibles, en toute sécurité. Le logiciel du simulateur GlobalSim est fait sur mesure pour le Port de Montréal.

Le futur débardeur passera quelques jours sur le simulateur avant de poursuivre sa formation sur une vraie grue, aux côtés de son formateur, jusqu’à ce qu’il contrôle parfaitement l’effet de balancement et le levage de charges.

En somme, le métier de débardeur est fait pour les personnes – hommes et femmes – qui aiment apprendre, qui étouffent entre les quatre murs d’un bureau, qui ne rigolent pas avec la sécurité et qui aiment conduire des équipements. Vous reconnaissez-vous ?

 


 

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