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BALISE

Comment devenir capitaine au long cours

De nombreux marins considèrent leur métier comme le plus beau du monde. Être officier de la marine, c’est exercer une profession courue et bien rémunérée. C’est aussi un choix du cœur.


Pendant son stage sur un navire marchand, un parcours qui l'a mené jusqu'au
port de Singapour, Marc-André Jean portait fièrement la tuque du Port de Montréal.
Photo : Marc-André Jean

Tout a commencé en troisième secondaire, dans le cadre d’un simple projet personnel remis au prof du cours d’orientation. Marc-André Jean, un adolescent de Longueuil, avait alors choisi d’explorer le métier de marin. Puis, en quatrième secondaire, sa curiosité piquée, le jeune garçon a frappé à la porte du Port de Montréal et a obtenu une visite de un jour.

Le capitaine du Port d’alors, Jean-Luc Bédard, et le capitaine de Port adjoint, Stefan Routhier, lui ont fait faire le tour des installations. « C’était impressionnant. On ne réalise pas la grandeur du port et des navires ! » s’exclame Marc-André, aujourd’hui âgé de 19 ans.
Sa décision était prise : il allait devenir capitaine au long cours.

Les avantages de la vie de marin

« C’est un métier qui me permet d’être au grand air, et j’en ai besoin. Quand j’ai passé deux jours à l’intérieur, à étudier, j’étouffe, je suis perdu », dit celui qui en est aujourd’hui à sa troisième année de cours à l’Institut maritime du Québec (IMQ), à Rimouski. « Aussi, je me définis comme un citoyen du monde. »


Jonathan Marcotte, finissant 2015: "Un métier en mer est pour vous
si vous n'êtes pas capable de sentir un bureau. Sur un bateau, le "bureau"
se déplace. Vous n'êtes pas obligé de changer votre fond d'écran pour
changer de paysage."
Photo tirée de la vidéo du site de l'IMQ

 

À ce chapitre, il est bien servi ! Même s’il n’a pas encore terminé son cours, qui dure quatre ans, Marc-André a déjà passé sept mois en haute mer. Ses deux stages sur un navire marchand – le cours en comporte trois – l’ont conduit au Texas, en Angola, en France, en Algérie, au pays de Galles, à Curaçao et à Singapour. Pas mal pour un marin en herbe, et qui n’avait encore jamais mis les pieds sur un bateau !

Un des aspects de la vie de marin qui plait le plus à Marc-André, c’est le rythme de travail. Les périodes de navigation en mer sont intenses, et elles sont suivies de longs moments de liberté totale. « J’aime cette séparation distincte entre le travail et ma vie personnelle. En mer, je suis concentré sur mon travail. Quand je suis à terre, je suis complètement libre. Ma vie professionnelle empiète peu sur ma vie privée. »

Des cours animés

Avant de prendre pour de bon les commandes d’un navire, Marc-André Jean doit encore franchir bien des étapes. L’étudiant doit d’abord terminer son cours à l’IMQ, affilié au Cégep de Rimouski. Ensuite, il devra réussir l’examen de Transports Canada. Les cours sont exigeants, et c’est normal, puisqu’ils débouchent sur des postes de grande responsabilité.


Quelques-uns des confrères de Marc-André Jean, au cours de navigation de l'IMQ.
De gauche à droite, debout : Frédérick Gagnon, Gabriel Roy, Marc-André Jean,
Marc Beaulieu, Philippe Janvier, Florence Doucet, James Young, Philippe Giasson-
Pratte, et Charles Cloutier. Devant : Félix Desrosiers, Axel Ehouarne et Niculai Otoman.
Photo : Marc-André Jean

Quelle est l’ambiance, à l’IMQ? Très sévère ? Marc-André éclate de rire : « On n’est pas dans l’armée. Les profs sont des gens “normaux”. Ils sont sympathiques et on rigole avec eux. » En général, les professeurs sont des gens du métier, qui ont navigué. Ils savent de quoi ils parlent.

« J’ai été surpris de constater qu’il y a beaucoup de mathématiques, en navigation, dit Marc-André. Mais je suis assez bon en maths. Le plus dur pour moi, c’est d’intégrer des notions techniques pendant que je suis dans une classe. » C’est pourquoi les stages sont si importants. Tout, alors, se concrétise.

Pour faciliter l’apprentissage des aspects techniques, l’IMQ s’est doté d’un simulateur de navigation, qui reproduit une timonerie (passerelle de pilotage du navire) avec tous les instruments qu’on retrouve sur un vrai navire et la projection de scènes maritimes captées sur les mers du monde entier. On est littéralement transporté !

Qu’est-ce qui fait un bon marin ?

Un bon marin a développé son côté rationnel et sa logique, ainsi que sa capacité à prendre des décisions claires et justifiées. Un bon officier de marine sait aussi établir de bonnes relations avec les autres et il sait s’adapter à eux. « L’équipage forme une communauté, dit Marc-André. On est comme des colocs, on mange ensemble, on vit ensemble. C’est l’équipe qui fait un navire, qui détermine l’atmosphère de travail. »


Le simulateur de navigation est comme un gros jeu vidéo. L'étudiant est ainsi mis en contexte, comme
s'il était réellement sur un navire, dans différentes régions du monde.
Photo tirée de la vidéo du site de l'IMQ

Après avoir réussi son examen de Transports Canada, Marc-André Jean pourra travailler sur un navire à titre d’officier de quart, puis d’officier de pont, pour enfin devenir capitaine, le plus haut brevet dans la marine marchande. Pour cela, il lui faudra accomplir le temps de mer exigé. Considérant le fait qu’un officier naviguera entre six et neuf mois par année, il faut calculer un minimum de quatre à cinq ans de carrière pour obtenir ce brevet, généralement plus. Chaque grade est gagné après la réussite de plusieurs examens.

Dans quelques années, un bon jour, un immense navire fera son entrée dans le port de Montréal et c’est peut-être Marc-André Jean qui en tiendra la barre. Il aura réalisé son rêve.

Visionnez la vidéo et visitez l’école, sur le site de l’Institut maritime du Québec.