Commercer avec le monde

DOSSIER : LE LIBRE-ÉCHANGE CANADA-UE


 

 

 

impacts de l'AECG : croissance prévue du trafic de cargo

Grâce au nouvel Accord économique et commercial global (AECG) conclu entre le Canada et l’Union européenne, le port de Montréal et les autres ports du Canada prévoient accueillir plus de trafic au cours des prochaines années.

L’AECG est considéré comme le plus important et le plus ambitieux des accords commerciaux jamais signés par le Canada. Pour le pays, c’est la plus importante entente commerciale conclue depuis l’Accord de libre-échange nord-américain, signé avec les États-Unis et le Mexique en 1994.


Le premier ministre Stephen Harper et le Président de la Commission
européenne, José manuel Barroso ont signé l'accord de principe sur l'AECG
en octobre dernier.

En octobre dernier, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso, ont annoncé un accord de principe sur l’AECG. Pour que l’AECG entre en vigueur, les provinces canadiennes et les 28 États membres de l’UE, ainsi que le Parlement européen doivent le ratifier. Pour le Port de Montréal, la nouvelle manne devrait donc se concrétiser dans deux ou trois ans.

L’AECG offrira aux secteurs économiques et aux régions du Canada un accès plus aisé au plus grand marché du monde, qui réunit 500 millions de consommateurs et 28 pays dont le produit intérieur brut combiné atteint les 17 000 milliards de dollars.

Un rapport fédéral indique que l’AECG pourrait injecter dans l’économie canadienne au moins 12 milliards de dollars annuellement et augmenter le volume des échanges commerciaux entre le Canada et l’Europe de 20 %. Par sa taille, l’UE est le deuxième partenaire commercial du Canada. En 2012, les échanges commerciaux entre le Canada et l’UE s’élevaient à 89,2 milliards de dollars, soit 38,7 milliards à l’exportation et 50,5 milliards à l’importation.

Parmi les exportations censées être avantagées par le nouvel accord, on note les produits agro-alimentaires, notamment le porc et le bœuf, le poisson et les produits de la mer, certains produits finis et semi-finis, telles les pièces d’avion, de même que la pulpe et le papier. Par ailleurs, l’importation de certains produits agro-alimentaires, de produits manufacturés, de machinerie et d’équipement en provenance de l’Union européenne devrait s’accroître, les tarifs douaniers étant complètement abolis.


 

La plupart de ces produits sont transportés par mer jusqu’aux ports du fleuve Saint-Laurent et de la côte Est du Canada, lesquels devraient profiter de l’intensification des échanges commerciaux amenée par l’AECG.

Porte d’entrée naturelle

L’AECG est conçu « sur mesure » pour le port de Montréal, affirme Sylvie Vachon, présidente-directrice générale de l’Administration portuaire de Montréal. Sur la côte Est de l’Amérique du Nord, Montréal est déjà le port le plus important pour ce qui est du commerce entre l’Europe du Nord et le cœur industriel du continent nord-américain. Grâce à la position de choix qu’il occupe entre les deux plus grands blocs économiques sur Terre, soit l’Union européenne et l’ALENA, le port de Montréal représente pour l’Europe la porte d’entrée naturelle sur le continent.

Quarante-quatre pour cent des conteneurs traités au port de Montréal sont déjà acheminés vers des pays de l’Europe du Nord membres de l’UE, ou bien arrivent de ces pays. Encore 20 % du nombre total de conteneurs sont destinés à des pays méditerranéens aussi membres de l’UE, ou bien proviennent de ces contrées. Ainsi, 64 % du trafic de conteneurs pourrait, d’une certaine façon, profiter de l’AECG. En 2013, Montréal a traité au total 1,4 million d’EVP (équivalents vingt pieds).

En seulement huit jours

Parmi les avantages offerts par le port, citons le temps de transit océanique entre Montréal et l’Europe, qui n’est que de huit jours. En Amérique du Nord, ce port donne accès à un marché de 40 millions de consommateurs vivant à une journée de distance en camion, et à un autre marché de 70 millions de consommateurs situés à deux journées de distance par rail.

Le Québec voit transiter 35 % des exportations canadiennes à destination de l’Europe. Ces exportations, notamment celles transportées par conteneur, sont traitées pour la majeure partie au port de Montréal. De plus, 98 % des importateurs et des exportateurs du Québec, et 93 % de ceux de l’Ontario choisissent le port de Montréal pour s’assurer un accès aux marchés européens.

Potentiel de croissance immense

« Pour le monde des affaires du Canada, l’UE représente un potentiel de croissance immense, et l’AECG, qui réduira les barrières s’opposant à la libre circulation des biens, services et investissements entre les régions, ne fera que consolider sa capacité de se tailler une place dans cet important marché », dit Joy Nott, présidente d’I.E. Canada (Association canadienne des importateurs et exportateurs).

Les ports de la côte Est sont bien positionnés pour profiter de l’intensification des échanges commerciaux avec l’Europe. Même sans l’AECG, l’UE est déjà le deuxième partenaire commercial en importance du Canada, et une portion considérable des échanges commerciaux transite dans des conteneurs maritimes. Montréal notamment devrait tirer des avantages de l’intensification du commerce dans les domaines de l’agriculture et de l’agro-alimentaire, ainsi que dans le domaine de certains produits manufacturés. »

« L’AECG est censé intensifier le trafic maritime vers l’Europe en provenance des ports de l’est du Canada, affirme Jayson Myers, président et chef de la direction des Manufacturiers et Exportateurs du Canada. Traditionnellement, ce sont les ports du Saint-Laurent qui traitaient la majeure partie des marchandises destinées à ce marché (23 millions de tonnes en 2014, selon Statistique Canada). Grâce à l’AECG, les entreprises canadiennes jouiront d’un accès privilégié au marché européen. On s’attend donc à ce que les ports de la côte Est connaissent un essor, particulièrement le port de Montréal. »


Claude Comtois, professeur à
l'Université de Montréal et membre du
Centre interuniversitaire de recherche
sur les réseaux d'entreprise, la logistique
et le transport.

« La conclusion de l’AECG est une "très bonne nouvelle" pour le port de Montréal », dit Claude Comtois, professeur à l’Université de Montréal et membre du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport.

« Pour les ports situés sur le fleuve Saint-Laurent, l’AECG générera de nouveaux types d’importations et d’exportations. On pense ici à une quantité importante de véhicules, d’équipements de transport et de produits agro-alimentaires en provenance d’Europe, et à différents équipements destinés aux systèmes de transport aérien et ferroviaire en provenance du Canada », précise-t-il.

« Un aspect intéressant de l’accord, c’est que différentes variétés de céréales, de légumineuses et de soya provenant de l’Ouest et du Québec, ainsi que des biens périssables, comme le bœuf de l’Alberta et des Prairies, et des produits laitiers expédiés en conteneurs frigorifiques trouveront de nouveaux débouchés en Europe. Cette situation avantage nettement les ports situés sur le Saint-Laurent, dont le port de Montréal, le seul port à conteneurs sur ce cours d’eau. » Le professeur Comtois est aussi d’avis que l’AECG pourrait aussi stimuler les investissements dans les installations portuaires pour conteneurs.

« Cet accord semble très prometteur pour le port de Montréal », affirme Brian Slack, professeur de géographie, de planification et d’environnement à l’Université Concordia de Montréal et expert en transport et en intermodalité maritime. L’Europe est le principal partenaire commercial outre-mer du port de Montréal, lequel récolte déjà les retombées des échanges avec le Vieux Continent. « Cette entente est clairement avantageuse pour Montréal. L’accord sera un atout de plus pour attirer différents types de biens — par exemple le bœuf de l’Ouest —, qui pourraient être expédiés à partir de Montréal. »

La ministre des Transports fédérale Lisa Raitt a confié lors du congrès de la SODES (Société de développement économique du Saint-Laurent) tenu à Montréal en novembre dernier que l’AECG pourrait « augmenter considérablement le commerce transatlantique, qui se fera à l’avantage des ports situés dans l’est du Canada ». Elle a affirmé qu’en raison de l’emplacement du corridor des Grands Lacs et du Saint-Laurent, « les ports de cette région deviendront de plus en plus attrayants pour les expéditeurs, non seulement pour atteindre les marchés du Canada, mais également d’autres destinations en Amérique du Nord. »

De plus, elle a dit que la croissance du commerce avec l’Europe « sera à la fois à l’origine d’activités aux ports et d’investissements dans les ports et à proximité. »