Commercer avec le monde

Ça va barder !

L’espace d’un moment, les enfants deviennent des débardeurs propulsés dans le port de Montréal de 1920.


 

– D’après vous, qu’est-ce qu’un débardeur ?

– C’est quelqu’un qui débarde, Monsieur !

L’animateur du programme Ça va barder ! esquisse un sourire admiratif devant cette implacable logique enfantine. Puis, il se présente au groupe d’élèves réunis au bout du quai King-Edward du Vieux-Port de Montréal, sous un soleil de juin éclatant : « Je suis Daniel. Mon arrière-grand-père, Félix, était débardeur au Port de Montréal. En tant que son descendant, je veux vous parler de son métier et je veux voir si vous feriez de bons débardeurs. »

C’est parti !

Pendant les 90 prochaines minutes, 28 jeunes de l’école Saint-Noël-Chabanel du quartier Saint-Michel vont plonger dans l’environnement quotidien des débardeurs, en 1920. Ils apprendront d’où venaient les bateaux qui apportaient les fruits exotiques, le charbon, le vin, les produits de luxe, certains en vrac, d’autres en sac, ou en boîtes, etc. Ils découvriront qu’il fallait beaucoup d’hommes, des chaînes d’hommes, pour « débarder », ou débarquer et transporter, tous ces produits des navires aux quais et des quais aux navires.

À leur gauche, les jeunes aperçoivent un grand laquier amarré au quai Alexandra. Plus loin, les grues bleues du terminal à conteneurs Bickerdike, et devant, la pointe de la Cité du Havre qui sépare les eaux tranquilles du bassin et le vigoureux courant Sainte-Marie. D’ici, la vue sur le fleuve est immense. En plus, il fait un magnifique soleil. Chouette ! Mais le vent du fleuve rafraîchit l’atmosphère et à l’ombre, il fait froid. C’était cela, l’environnement de travail des débardeurs.


Attention de ne pas tomber de la passerelle !

Après avoir identifié des marchandises, leur provenance et la façon de les transporter, voilà les jeunes prêts pour la grande course à relais. Deux équipes s’affrontent : laquelle saura charger son navire le plus efficacement ? Les marchandises sont entassées dans un grand conteneur rouge : boîtes de fromages, sacs de sucre, caisses de vin et de vêtements, bananes, essieux, etc. Il faut tout transborder dans la cale du navire (une énorme boîte de bois), en traversant la passerelle sans mettre le pied à côté, ce qui équivaudrait à tomber à l’eau. Go !

Tous ces petits débardeurs se ruent sur les marchandises, organisent une chaîne, se dépêchent. Les rires fusent, l’excitation monte. Vite ! Les autres achèvent ! Il faut tout entrer dans la cale, sans abîmer les marchandises fragiles, comme les bananes. Finalement, on y arrive.


La marchandise est mal placée et on ne peut plus
refermer les portes de la cale. Il faudra
tout recommencer....

Les initiateurs du programme Ça va barder ! viennent de créer un magnifique souvenir pour tous les enfants qui auront la chance d’y participer.

Lancé en avril dernier par le Centre des sciences, Ça va barder ! avait déjà reçu une douzaine de groupes, au début juin. Il s’inscrit dans le programme scolaire en Univers social des élèves du 3e cycle du primaire. « L’objectif, pour le Centre des sciences, est de diversifier son contenu et d’offrir des programmes en science et en histoire », explique Cybèle Robichaud, chef, patrimoine de la Société du Vieux-Port de Montréal.


Ouch ! Le métier de débardeur
comporte de grands risques
de se faire mal.

 

 

« Qu’est-ce que tu as aimé le plus ? », demande-t-on aux enfants, à la fin de l’animation. La course à relais remporte la palme haut la main. « Moi, ajoute Rita, les yeux encore brillants d’excitation, j’ai aimé ce jeu, parce qu’on peut se noyer si on tombe en transportant la marchandise sur la passerelle! » En voilà une qui a bien saisi la signification de l’expression « les risques du métier » de débardeur.
 

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