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DOSSIER : NOUVELLE TECHNOLOGIE

AIS + SATELLITE = vue d'ensemble

La technologie de suivi par satellite confère une nouvelle dimension aux systèmes globaux de suivi et de surveillance des navires, en plus d'accroître la sécurité maritime.

Durant les Jeux Olympiques d'hiver de Vancouver en 2010, les Forces canadiennes ont été en mesure d'identifier 95 % des navires présents dans la zone placée sous leur responsabilité. Celle-ci couvrait une superficie de 1,7 millions de kilomètres carrés, longeant la côte ouest du Canada jusqu'à l'Alaska. Ils ont été en mesure de parvenir à ce résultat en combinant les données du système satellitaire AIS (Automatic Idenfification System) avec celles provenant des autres systèmes de surveillance.

Basée à Cambridge en Ontario, l'entreprise exactEarth était le fournisseur des données satellitaires AIS (S-AIS). Cette compagnie canadienne et l'américaine Orbcomm, située à Fort Lee au New Jersey, figurent parmi les joueurs importants en ce qui a trait au développement de la technologie S-AIS.

La version originale du système AIS utilise un transpondeur installé à bord des navires pour effectuer de la surveillance, que ce soit à partir d'autre navires ou de stations situées sur les côtes.

exactEarth a lancé EV-1, son plus récent satellite AIS, en juillet dernier. Photo : courtoisie de exactEarth

Le système transmet l'identification du navire, sa position, son cap, sa vitesse et autres données essentielles pouvant être utilisées pour assister à la navigation et améliorer la sécurité maritime. Établie par l'Organisation maritime internationale, la convention internationale sur la sauvegarde de la vie humaine en mer stipule que certaines catégories de navires doivent obligatoirement être équipées de transpondeurs AIS, soit les navires de plus de 300 tonnes de jauge brute sillonnant les eaux internationales, les navires de plus de 500 tonnes de jauge brute ne fréquentant pas les eaux internationales et tous les navires de passagers.

Les limites du systèmes AIS résident dans le fait que la communication avec les stations côtières de réception n'est possible que dans la mesure où le navire est visible à l'œil nu. Cela signifie qu'il n'est plus possible de suivre les navires lorsque ces derniers sont rendus en pleine mer. En général, les système côtiers ont une portée d'environ 50 milles nautiques.

Le nouveau système S-AIS inclut l'utilisation de satellites en orbite basse, spécialement équipés pour être en mesure de capter les données AIS émises à partir du niveau de la mer. Le S-AIS permet ainsi la surveillance de navires bien au-delà de l'horizon, ce qui est loin d'être négligeable si on considère que 70 % de la surface de la planète est occupée par les océans et que 90 % du commerce mondial y transite.

ExactEarth a lancé ExactView-1 (EV-1) –son plus récent satellite AIS –  en juillet 2012. Après avoir complété avec succès les tests de performance et les multiples étapes de vérification, la compagnie devait débuter l'opération commerciale de ce satellite en novembre 2012.

« EV-1 a été conçu pour être le satellite AIS le plus avancé à ce jour et sa performance en période de tests a confirmé ces attentes. Nous avons obtenu des taux de détection deux fois plus élevés que ceux offerts par les capteurs des précédents satellites AIS » a déclaré Peter Mabson, président d'exactEarth. «Nous sommes vraiment excités à l'idée de pouvoir bientôt rendre ces données accessibles à nos clients et de franchir, du même coup, une étape importante dans le domaine de la détection des navires à partir de l'espace » a-t-il ajouté.

Les promoteurs du S-AIS affirment que les données obtenues peuvent être utilisées pour :

  • accroître la portée des systèmes de gestion du trafic maritime;
  • optimiser la planification logistique et le suivi de port à port;
  • fournir aux autorités portuaires une information leur permettant de mieux planifier l'arrivée des navires et de réduire les temps d'attente;
  • permettre la surveillance à distance des régions côtières éloignées et extracôtières, tout comme celle des vastes espaces de l'Arctique; évaluer l'empreinte carbonique des navires grâce à une information précise sur leur vitesse et leurs itinéraires;
  • identifier et analyser les schémas de trafic dans les zones à fort piratage pour créer des routes maritimes plus sécuritaires;
  • contribuer aux opérations de recherche et de sauvetage.

Assistante-directrice-générale de la division de la sécurité maritime et des opérations internationales de l'Australian Maritime Safety Authority, Jillian Carson-Jackson a confié à Port Info que l'Australie utilise les satellites AIS – combinés aux systèmes AIS terrestres – pour une grande variété d'applications.

En décembre 2011, le gouvernement australien a conclu une entente avec exactEarth visant à fournir des données S-AIS pour l'ensemble de ses opérations maritimes. Ces données seront utilisées dans plusieurs domaines tels que les opérations de recherche et de sauvetage, les analyses environnementales et le trafic maritime.

Pionnière de l'utilisation des données satellitaires AIS, la South African Maritime Safety Authority (SAMSA) vient de signer une entente de renouvellement avec exactEarth afin de prolonger  son contrat de service AIS jusqu'en octobre 2014.

« Le niveau de détection, la couverture et la fiabilité offertes par le service exactAIS constituent pour nous une ressource inestimable dans la gestion de notre environnement maritime » a souligné le Capitaine Karl Otto, directeur exécutif du Centre for Sea Watch and Response de la SAMSA. «Ce système nous permet de couvrir des zones maritimes que nous ne pourrions surveiller avec aucune autre technologie ou source de données » a-t-il ajouté.


Les systèmes satellitaires AIS contribuent aux initiatives de Transports Canada

La direction de l'analyse et de la recherche économiques (ACAD) de Transports Canada a confirmé que les données du système AIS (Automatic Identification System) par satellite contribuent au succès de deux de ses initiatives.

Le satellite eV-1. photo : courtoisie de exactEarth « Le système satellitaire S-AIS est utilisé dans le calcul des temps de transit océaniques effectué dans le cadre du projet de fluidité mené par l'ACAD » a déclaré Louis-Paul Tardif, directeur de l'analyse et de la recherche économiques à Transports Canada.

Dans le cadre de ce projet, le Port de Montréal est mis à contribution : le calcul du temps de transit océanique est appliqué sur deux de ses principales routes, soit les corridors entre le port de Montréal et les ports de Valence et d’Anvers. L’indice de fluidité obtenu grâce au système couplé Satellite et AIS fait partie des facteurs de calcul du temps de transit des conteneurs à destination des grands marchés intérieurs de Toronto, Chicago et Detroit


Selon M. Tardif, les initiatives liées aux corridors de transport maritime de l'Arctique, tout comme celles concernant les sytèmes d'alerte et de réponse maritimes, nécessiteront aussi l'utilisation des données AIS pour évaluer les risques, les besoins en amélioration des infrastructures ou encore les services d'assistance maritime.

Par l'entremise du projet des Centres d’opérations de sécurité maritime (COSM), le Gouvernement du Canada a fait l'acquisition de données S-AIS auprès de l'entreprise exactEarth basée à Cambridge en Ontario. Ces données lui permettent d'effectuer le suivi des navires sur l'ensemble de l'espace maritime. Cette information peut ensuite être utilisée par Transports Canada dans le cadre de dossiers relatifs à la sécurité, à l'efficience et à l'environnement.

L'Agence spatiale canadienne (ASC) a reçu le mandat de gérer les activités liées à l'entente conclue entre le gouvernement canadien et exactEarth. L'ASC a fourni à Transports Canada l'historique des données AIS générées depuis juillet 2010. Depuis le 1er juin 2012, Transports Canada reçoit les données AIS directement de exactEarth, en conformité avec l'entente existant entre la compagnie et l'ASC. ExactEarth est en mesure de fournir des données mises à jour dans un délai de seulement 24 heures.

Transports Canada continue d'utiliser les données du  système de suivi des navires Seasearcher de LLoyd, en complément à celles désormais fournies par exactEarth.

Les données S-AIS d'exactEarth sont également l'une des sources utilisées par  Transports Canada pour effectuer les calculs visant à déterminer de la compétitivité des installations portuaires. « En fait, nous pourrions n'utiliser que les données S-AIS, mais elles n'ont pas la précision requise pour calculer les temps de transit exacts entre les ports, plus précisément entre un port international et un port canadien » affirme M. tardif. « En fait, les seules données que S-AIS n'est pas en mesure de fournir à Transports Canada sont celles des heures exactes de départ et d'arrivée des navires ».

Transports Canada évalue présentement ces heures en combinant différentes sources de données. La prochaine étape du processus en cours sera d'améliorer les sources, à l'aide de données supplémentaires, dans le but de parvenir à déterminer les heures précises de départ et d'arrivée avec une meilleure efficacité.

ExactEarth offre désormais un nouveau service «amélioré» dans lequel les données S-AIS sont combinées avec celles d'environ 800 antennes AIS situées en environnement côtier. « Malheureusement, ce service n'est pas inclus dans l'entente existant entre le gouvernement canadien et exactEarth » souligne M. Tardif.